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Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle]
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MessageSujet: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Jeu 24 Nov - 0:27
Ashräm von Arius
Âme vagabonde
BlasonAge - 26 ans.
Guilde - Givrécho.
Rang - Vasär.
Quêtes
Rang SS : 0. Rang S : 0.
Rang A : 0. Rang B : 0.
Rang C : 0. Rang D : 0.
Deuxième Âge de Cranä – An 157 – Tombeneige.
Méphystö, aussi silencieuse que la glace.


« Tu n'as toujours pas dit un mot Énuma... Pourtant, voilà maintenant une année et presque quatre saisons que nous sommes arrivés dans la ville de la reine des glaces. »

Assis près du rebord de la fenêtre, Ashräm contemplait la beauté de la grande cité, éclairée cette nuit par les centaines de lampadaires qui laissaient apparaître, isolés, une faible lueur enchanteresse, mais explosaient en flammes lorsque ceux-ci joignaient leurs éclats flamboyants au long de chaque venelle. Le jeune prince en exil vivait à l'étage d'un petit baraquement qui servait à loger les Gardiens lorsque ceux-ci n'étaient pas en poste. L'endroit était petit et sale, mais possédait toutefois un charme apaisant, et cela ne le dérangeait pas, bien que très tranché par rapport au luxe dont il jouissait durant son enfance à Agrima. Habitué au silence d'Énuma, il fut non pas contrarié, mais heureux d'entendre le bruit du bois qui craquait sous le passage d'un de ses camarades logeant non loin de sa turne. Observer les étoiles apaisait les esprits, et fort heureusement, celles-ci étaient bien visibles, éparpillées dans le ciel aux côté d'un croissant de lune se cachant partiellement avec timidité derrière le seul nuage environnant.

Ashräm rejoignit son bureau après s'être convaincu avec difficulté de quitter sa place agréable sur le rebord de la lucarne. Lorsqu'il disposait d'un peu de temps pour lui le soir, il couchait ses pensées quotidiennes sur son journal afin de ne pas être sujet à un surplus émotionnel. Écrire lui permettait de s'évader et de se dépouiller de chacune de ses réflexions pour garder une conscience sereine et posée la journée. Parler d'Énuma fut la première chose qui lui vint à l'esprit. Pendant longtemps il avait ignoré la présence de son galadrim car celui-ci conservait un mutisme sans fin. Relier les ficelles avec le dieu se trouvait être l'un de ses objectifs primaires ; mais il ne savait comment s'y prendre. C'était une mauvaise idée, après quelques lignes, il tourna la page et plongea à nouveau sa plume dans le petit pot d'encre. Demain était un grand jour, le jeune Gardien qu'il était allait recevoir une mission capitale dans l'avancée de la garnison extérieure, qui progressait tant bien que mal sur le territoire de Krÿst. Avant de poursuivre, il plongea sa main artificielle dans ses cheveux gras et emmêlés pour calmer une démangeaison à l'arrière de son crâne, puis reprit. L'avant-poste le plus éloigné de la ville constituait un point tactique formidable face aux légions d'Azalem, mais était aussi l'endroit le plus risqué, attaqué constamment par des hordes de monstres. L'unité dont Ashräm faisait partie était constituée de deux piliers qui combattaient de front, dont le capitaine de l'équipe ; ainsi que de trois personnes qui servaient d'avant-garde. Le jeune mage complétait ce bataillon à l'arrière dans le rôle du soutien, qui permettait de lancer de grosses offensives lorsque la voie était dégagée. Le but était de tenir à distance l'ennemi afin d'occuper un deuxième territoire avancé dans l'Ouest du royaume, qui renforcerait la position des Gardiens en addition du premier avant-poste. La nervosité gagnait le jeune homme à fur et à mesure qu'il complétait son carnet. Il se faisait tard et il devait encore se laver et se changer avant d'aller dormir. Il essuya et posa sa plume, ferma et rangea délicatement son journal avant de se lever. Une fois baigné et décrassé, il éteignit les deux bougies qui éclairaient faiblement la pièce et rejoignit sa couche.

L'aube fit son apparition, et le Gardien sortit de son casernement avec les premières lueurs du soleil. Il s'était levé un peu plus tôt afin de préparer les affaires dont il pourrait avoir besoin pour les semaines où il serait sur le terrain. Il fallait déjà un jour de marche pour rejoindre l'avant-poste où un haut-gradé présenterait en détail l'objectif de la mission. Cinq unités se mirent en marche ce matin-là, deux autres partiraient le jour suivant en renfort. Méphystö faisait souvent appel à des soldats extérieurs à la cité pour aider l'unité d'exploration ou participer à la défense de la ville. En guise d'encouragement, ils firent part à chacune des troupes qu'une assistance de ce genre leur serait procuré dans les jours à venir. L'importance de leur quête ainsi que sa réussite était capitale.

Le froid calamiteux de la région constituait un ennemi de taille pour toute personne non préparée. Les Gardiens disposaient de manteaux de fourrure très épais en poil de kazars afin de s'en protéger, mais cela était rarement suffisant. Maîtriser le feu représentait un avantage non négligeable pour progresser sur le terrain, chaque unité devait d'ailleurs disposer d'un silmérian béni par les flammes, cela étant nécessaire à leur survie. Le capitaine ouvrit la route, et fut suivi de ses cinq subalternes. Ashräm était devenu ami avec la jument qui lui servait de monture depuis presque deux années. Les chevaux élevés à Méphystö étaient robustes et colossaux. Ils disposaient de poils bien plus longs que leurs congénères habitant les autres contrées, ce qui leur permettait de garder une température corporelle optimale. Durant le trajet, à défaut de pouvoir parler avec son galadrim, il fit la conversion avec Edëa, nom donné à son destrier, lorsqu'il ne lui caressait pas la tête et les oreilles lors des rares bivouacs montés à l'abri du climat.

La tombée de la nuit commençait à inquiéter les troupes, et une tempête de neige s'annonçait. Dans ces moment-là, il valait mieux trouver un coin bien protégé avec de grands rochers pour se dissimuler des rafales glaciales et meurtrières faisant leur chemin depuis le Sud. Cet intermède provoqua fatalement un retard, d'une durée indéterminée, puisqu'il était impossible de reprendre la route tant que la tourmente ne serait calmée. Ashräm, plutôt inquiet, n'était pas très à l'aise dans ce genre de situation. Il se sentait comme prisonnier, incapable de réagir si jamais il devait se passer quelque chose. Le moral des troupes en pâtissait forcément, mais il fallait tenir bon. Jestër quant à lui, semblait terrorisé. Il s'agissait d'un compagnon, dont la fonction était principalement de protéger l'arrière-garde, c'est-à-dire le mage. Il se blottissait contre lui-même, tel un nouveau né lors de ces moments, et ne relevait la tête. Tous n'étaient pas braves chez les Gardiens, mais chacun servait sa nation dans un but précis, car tous étaient des volontaires. Après un regard compatissant, Ashräm engouffra sa tête dans le col de sa tunique et s'assit sur un petit rocher aplati, débarrassé de sa pellicule de neige. À cette distance, il pouvait profiter de la chaleur que procurait le feu de camp et rester à côté de sa jument.

La nuit entière s'écoula, et la lune fit sa révérence pour laisser la place à son cousin astral. La tempête était toujours là, mais d'une puissance amoindrie. Après une réunion des chefs d'unités, il fut décidé de reprendre la route jusqu'au camp, celui-ci n'étant qu'à quelques dizaines d'ïstes de leur position. Peu de temps après le départ, les nuages se dissipèrent assez pour apercevoir une partie de l'horizon, avec un étrange amas de fumée noire qui se dirigeait droit vers le ciel. L'itinéraire obligeait une escale à un poste légèrement moins avancé afin d'y faire le plein de provisions et abreuver les montures. Il était aussi essentiel de panser correctement les plaies des rares blessés qui avaient paniqué faces aux monstres qui s'étaient jetés sur le convoi durant le trajet. Arrivés à celui-ci, il fut aisé de déduire que quelque chose n'allait pas, car un nombre de Gardiens conséquent s'y trouvait déjà. Les unités fraîchement débarquées apprirent alors la destruction de l'avant-poste qu'elles étaient sensé rejoindre. Le haut commandant se trouvait ici, et fit signe à chacun de se rassembler devant sa tente. Un discours clinquant et particulièrement dur à entendre pour les soldats, car il était expliqué que trois hordes d'Azalem avaient repris le camp avancé et chassé les silmérians qui s'y trouvaient. Trois congénères y perdirent la vie, mais un groupe de monstre fut toutefois occis. Le désespoir se lisait sur certains visages, cela n'échappa pas à l’œil d'Ashräm. Bien que compatissant envers ses frères et sœurs morts au combat, il n'était pas question de perdre la face à ce moment précis.

Les ordres de mission changèrent, et le nouvel objectif fut de progresser vers l'ancien avant-poste afin de décimer les ennemis restant et réaffirmer la position des Gardiens au sein du royaume de Krÿst, une mission qui paraissait beaucoup plus dangereuse que l'initiale. Il était décisif de garder une progression territoriale face à Azalem. L'honneur des Gardiens étaient en jeu. Cependant, chacun était conscient de ce qu'il pouvait arriver, et personne n'éleva la voix pour contredire cette affirmation. L'escale prit fin au bout de deux heures, et les cinq unités qui étaient arrivées se répartirent avec les sept déjà présentes. Deux par deux, chaque groupe couvrira son jumeau pour avancer dans pas moins de six directions différentes. Le camp se trouvait à moins de dix ïstes vers le Sud-Est, et la prudence était de rigueur sur tout le chemin menant jusqu'à ce repère.

La folie faillit s'emparer des troupes lorsque ceux-ci ne purent que constater le calme qui régnait. Un calme anormal. La fumée se rapprochait de plus en plus, et il devenait difficile de distinguer les alentours. Alarmé par son sixième sens, le jeune mage n'eut le temps de crier pour prévenir ses compagnons ; deux kazars surgirent des petites collines avoisinantes et sautèrent au milieu de l'unité. Jestër, esquivant une morsure probablement fatale en roulant sur le côté, poussa un cri. Moins de chance pour les deux autres qui furent projetés au sol et maintenus par une patte à la force incroyable. Le chef de notre groupe se retourna avant de s'égosiller à l'embuscade, et dégaina son épée pour écarter les créatures bipèdes à fourrure d'argent. Ashräm profita de ce geste pour faire reculer Edëa et utiliser la couche de neige au sol pour renverser les deux bêtes féroces. Sous l'effet de la surprise, les bestioles furent projetés non loin et débarrassèrent aussitôt les lieux. Un camarade rendit son dernier souffle, la visage écrasé, quant à l'autre il fut réveillé et tiré par Jestër qui pouvait l'aider à marcher jusqu'à son cheval. Aucune nouvelle ne parvenait de l'escadron jumeau. Des silhouettes ne tardèrent pas à faire leur apparition, suivis des deux kazars précédemment repoussés.

« Restez en groupe ! Il faut que nous rejoignons l'unité sensée nous couvrir ! Ne vous séparez surtout pas, exécution !! » fit le commandant d'un ton rauque et autoritaire. Il prenait des décisions réfléchies avec le peu de temps dont il disposait ; mais avant de pouvoir faire quoique ce soit, les silhouettes disparurent et les kazars se jetèrent à nouveau dans la mêlée. Les voyant arriver, les chevaux, d'ordinaire faisant preuve d'un calme affolant, furent pris de panique et se dispersèrent.

« Argh...! Calme-toi Edëa, on se dirige dans la mauvaise direction !... ».

N'écoutant que son instinct de survie, le canasson prit la direction de la forêt de l'Ouest et esquiva adroitement les arbres durant sa course avec le canidé abominable poursuivant Ashräm. Sa monture incontrôlable, le jeune Gardien décida de sauter de cette dernière et roula périlleusement dans la neige avant de stopper sa course contre un tronc. Relevant rapidement la tête et cernant les alentours, il perdit la trace du kazar qui le poursuivait et n'entendit que les échos d'un hennissement glauque et inquiétant. Averti une nouvelle fois par son sens du danger, il dégaina ses deux bâtons pour contrer le bond que la créature avait entreprit. Manifestement, il tenait à faire d'Ashräm son casse-croûte. Ses crocs mâchouillaient sans pitié le bois des deux sceptres qui ne résisteraient bien longtemps à une telle attaque. Maintenant son souffle, le mage plaqua sa main droite brièvement au sol en lâchant l'une de ses armes, et put dessiner d'un mouvement de bras un énorme pieu de glace qui vint cisailler l'épaule de la bête. Elle recula instantanément par peur et se dissimula à nouveau dans les arbres. Seul le bruit des feuilles que l'on traversait parvenait aux oreilles d'Ashräm qui peinait à retrouver son souffle. Une goutte de sueur coula le long de sa tempe avant de s'essuyer rapidement le front. Edëa poussa un nouveau cri, mais celui-ci semblait déjà bien loin. Le jeune homme campa sur sa position et s'adossa avec précaution contre l'arbre qui protégeait ses arrières après avoir ramassé le bâton qu'il avait abandonné plus tôt. Le bruit cessa soudainement, et plus rien ne semblait alors se passer. Dix, non quinze minutes s'écoulèrent ainsi, et Ashräm commençait tout juste à retrouver son sang froid une fois son état de concentration absolue perdu. Il tendit l'oreille et plissa des yeux pour tenter de remarquer n'importe quoi qui pu lui indiquer une direction, mais rien ne jouait en sa faveur.

« Ha... Ha... Mphf... Me... Me voilà bien Énuma... Il se pourrait que j'ai besoin de ton aide incessamment sous peu... », marmonna-t-il du mieux qu'il pouvait après avoir récupéré son souffle.

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Sam 26 Nov - 13:02
Carlyle Vangelis
Roi d'Agharta
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Nimbé de flammes aux couleurs infinies. Voilà à quoi ressemblait le ciel par cette nuit glaciale. Prestement appelés pour une mission suicide aux confins de Krÿst, la guilde de Griffetoison avait accepté de porter secours aux Gardiens apparemment malmenés par les légions sanguinaires du géant des glaces. Alors que les recrues les plus récentes s’inquiétaient de devoir aider une escouade considérée comme l’une des meilleures au monde, Carlyle songeait au temps estimé avant de mettre les mains sur sa vengeance. Apaisé par les récents événements et sa rencontre avec la déesse de la Nature, ses rêveries d’ordinaire fiévreuses et implacables étaient devenues douces et passagères. On pouvait sûrement mettre cela sur le compte de la concentration qui était obligatoire en temps de mission. Car il s’agissait bien de cela ; avoir les sens en alerte. Quand bien même il refusait la plupart du temps de s’y soumettre, force était de constater que ce n’était que dans ces moments de doutes, de périls, de sang versé et de cris perçants, que son âme et son esprit pouvaient enfin se laisser couler dans un océan de quiétude. Lücian, elle, trouvait ce caractère paradoxal chez son protégé et ami, mais comprenait parfaitement ce mal qui s’insinuait en lui dans les moments de solitude.

Cela faisait des semaines que l’escouade était partie de Dornmünd. Les frères et sœurs d’armes avaient navigué sur Merryl la furieuse et ses flots sombres et chauds, tout en subissant, par oubli maladroit, uniquement pour certains imbéciles, les chants des sanguinaires et pernicieuses Mermées ; ils avaient croisé Löseryn, l’île solitaire d’où l’on pouvait apercevoir à plusieurs ïstes des côtes le fantomatique cimetière de bateaux, Voilemorte, un des vestiges marins les plus chargés d’histoire. Ils avaient navigué sur Solorâ la turquoise, une étendue bleue aussi mirifique que cruelle, où les pirates de Salazar, apparemment en manque de sensation forte, avaient cru bon devoir attaquer un navire marchand et donc sensiblement d’apparence innocente, avant de se rendre compte que ce qu’ils considéraient comme une pauvre nef remplie de “mains dorées” s’avérait être en réalité un léviathan de bois dont le ventre gargouillait de dizaines des meilleurs combattants de Cranä. Quelques attaques de Sarkal fort divertissantes passées, le voyage s’achevait sur le port de Sanza wäl, où il n’était pas conseillé de s’arrêter tant les divertissements se mêlaient aux magouilles, tout cela finissant dans un amas organique de corps inanimés. Plusieurs jours s’écoulèrent avant de rejoindre le Nord de Daëdal et ses forêts lugubres. Partis de Dornmünd, les mercenaires étaient au nombre de vingt-cinq. Arrivés dans cet océan de gel et de poudreuse balayé par des vents cisaillant la peau des lèvres, l’escouade de Griffetoison dont Carlyle était le meneur comptait désormais vingt membres. S’il y avait bien une leçon que le jeune guerrier avait apprise au cours du voyage, c’était que même la Mort pouvait se trouver en dehors d’un champ de bataille, et que connaître les périls des contrées avoisinantes était une chose dont un futur roi devrait se montrer sensible.

Krÿst était un territoire atypique. Son ciel pouvait ne comporter aucun nuage, rien n’empêchait la bise fendeuse d’étendre son baiser mortifère sur chaque parcelle de terre. Heureusement pour les guerriers de la cité des chevaux, le nom de leur confrérie laissait à penser que les lurons bénéficiaient des meilleurs fourrures et peaux de la contrée. Parfaitement équipés, les membres qui s’étaient plaints de la chaleur bouillonnante des eaux de Merryl et des scintillants rayons reflétés par l’écrasant soleil de Solorâ avaient enfin ici l’occasion de fermer ce qui leur servait de parloir. Carlyle arborait avec aisance une fourrure marron d’un ours qu’il avait lui même chassé avec respect et dignité ; une chasse de deux jours qui lui avait laissé des marques, non pas que l’animal avait été particulièrement coriace, mais sans armes et à mains nues, selon les consignes d’Ëra, cela avait été plutôt difficile. Avant d’achever la bête dont la peau lui servait aujourd’hui d’épiderme supplémentaire et salutaire, il avait soumis celle-ci avec son don, afin d’en faire sa première métamorphose. Dainver, le trublion du groupe, ne cessait de rappeler non sans complaisance qu’il était le sage qui avait rappelé à tout le monde de prendre de quoi tenir face au gel. Enfant né dans le désert de Nöldor, sa résistance au froid était équivalente à celle d’un nouveau-né. À peine arrivés au Sud de Daëdal, le peu d’humidité que représentait la brume des forêts de sapins avait suffi à lui geler les orteils et à liquéfier son nez. Il était alors pour Carlyle difficile de compter le nombre de fois que le jeune emmerdeur, à peine sorti de sa majorité, avait parlé de cette précaution qu’il avait grassement partagée avec le reste de l’équipe avant de partir. En ayant entrepris de passer par la trouée du Nord-est, le détour obligeait les membres à prendre leur mal en patience. Aller tout droit afin de rejoindre Méphystö avant deux jours était inenvisageable ; aller tout droit c’était foncer tête baissée sur le royaume des sang-frais. Une bonne tuerie des légions maudites et un duel face à celui qui terrorisait les villageois et faisait faire dans leur froc des glaçons aux plus téméraires n’était pas sans exciter Carlyle, qui cherchait absolument à faire résonner son nom jusqu’à sa cité afin d’avoir le privilège d’être attablé devant Tündal. Mais il fallait penser aux siens, à leur intégrité physique, et laisser de côté ses pulsions guerrières qui n’avaient pour seul but de mettre aux oubliettes, dans un cachot ténébreux, sa mélancolie affolante. Il fallait penser l’instant présent.

Alors que la tempête s’intensifiait, les morceaux de gel assassinant la peau et les rafales sifflant aux oreilles réussissaient à diminuer le moral de l’équipe. Carlyle ne voyait pas cela de la même manière, le froid nous faisait sentir vivant, et il permettait gratuitement de mettre en sourdine Dainver, qui depuis plusieurs heures claquait tellement des dents qu’un danseur aurait pu l’accompagner. Le pauvre gamin, bien que très ennuyant par moments, était très apprécié car il représentait la voix du groupe, celle qui ne se taisait jamais. S’il ne disait rien, c’est que le groupe allait mal. La motivation décroissant, Carlyle décida alors de trouver un refuge. Quelques minutes passèrent avant de trouver une grotte assez spacieuse pour contenir vingt hommes et femmes. Il se retourna d’un coup en essayant de ne pas laisser le vent le déstabiliser et cria à s’en déchirer la voix.

« La perspective d’un bain chaud et d’une soupe de ragoût n’est point à l’ordre du jour les gars ! Il nous faut rejoindre la cité au plus vite, mais avec ce vent, nous allons tous mourir ! Il n’y a qu’à regarder Dainver, il va bientôt pisser de la poudreuse ! »

Les rires se mêlèrent aux spasmes produits par le froid. Entrés dans la grotte, un feu fut fait prestement. Alors que la tension redescendait calmement, la camaraderie reprit du poil de la bête. D’un seul coup, des bruits de pas purent s’entendre au dehors de la grotte. Carlyle se leva avec un râle et mit la main sur Daïnslef. Alors que les compagnons regardaient l’entrée de la grotte avec des yeux hagards, s’imaginant avoir en face d’eux un imposant titan des glaces, ils virent une panthère avancer vers leur meneur d’un pas monotone. Elle tenait en sa gueule un message. Carlyle caressa la bête essoufflée et sentit le givre sur ses poils épais. Il prit le message enroulé dans du cuir de Kazar et le lut une fois sans un mot, avant d'écarquiller les yeux tout en fronçant les sourcils. Il regarda ses compagnons de ses yeux verts scintillants avec une inquiétude abyssale qui pouvait se ressentir parmi ceux qui le connaissaient de longue date. Certains et certaines surent que le chiffre de vingt aller encore diminuer.

« Nous n’allons plus à Méphystö… L’escouade qui devait nous accueillir pour la mission d’attaque a été prise en embuscade dans un de leurs anciens postes ! Par chance, nous ne devrions pas être bien loin au vu de la carte envoyée par le messager ! Nous sommes mêmes… très proches, la tempête a dû perturber nos sens, il se peut que la bataille soit encore en train de se produire. Nous n’allons pas laisser cette chance, c’est un miracle ! Allons compagnons, levez-vous ! Allons chasser du sang-frais ! »

Dainver qui commençait à se faire griller une saucisse cria de tout son être et la donna à la panthère messagère. Les compagnons sortirent en courant de la grotte, face au vent qui avait bien diminué. Désabusé face à la réalité des choses, Carlyle comprit qu’il avait vu juste : ils s’étaient arrêtés à seulement un ïste du poste attaqué. En formation déployée, les guerriers se sentirent pousser des ailes ; ils étaient enfin sur leur terrain, celui du combat. Arrivés sur les lieux, plusieurs Gardiens crièrent pour rameuter la troupe. Les sang-frais étaient partis, avec à leur tête deux puissants commandants d’Azalem. Le poste était vulnérable et détruit. Un des gardiens s’approcha vers Carlyle, affolé.

« Ils cherchent à nous disperser ! Ils vont revenir ! Tous les membres ne sont pas ici loin de là ! Notre mage a été emporté par son cheval lors de l’embuscade, il doit être en très mauvaise position ! Nous ne pouvons pas quitter le camp mais il faut aller le sauver, les Gardiens ne laissent pas tomber un des leurs ! »

Carlyle regarda aux alentours et prit un cheval qui hennissait de fureur. Apaisé par le don de Lufénia, l’animal se laissa faire, et commença à galoper. Le guerrier tourna la tête vers le Gardien avec un sourire : « Cela tombe bien, chez les Mercenaires c’est pareil ! »

Galopant à toute vitesse, Carlyle se concentra et ouvrit ses sens. Une voix douce et avenante lui parla : *Je ressens une force, une présence divine. Va dans cette forêt, vite ! *.

Le cheval accéléra et sauta par dessus un tronc d’arbre ébranlé entièrement recouvert de neige. Enveloppé par les senteurs boisées, Carlyle repris son calme et écouta le moindre son. D’un seul coup, il entendit des rugissements effroyables venant de l’Ouest ainsi que des bruits semblables à ceux d’un éclair tonnant dans le ciel. Chevauchant le destrier aussi hardi que lui, il se rapprocha de la zone de combat et vit un sang-frais aux yeux bleus décharné à qui il manquait un bras courir vers lui une épée rouillée à la main, hurlant d’une voix d’enfer. Ne prenant pas la peine de descendre, il coupa la tête du forcené et continua sa route. Aveuglé par les branches de sapins, il vit une lueur au loin et compris que la route allait déboucher sur une clairière. Utilisant sa modeste magie de la terre, Carlyle déracina les deux arbres devant lui pour une visibilité optimale et sauta avec le cheval dans la clairière. Le spectacle était grandiose. Une dizaine de sang-frais semblait aux trousses d’un individu encapuchonné et vêtu d’une fourrure blanche. Il s’agissait bien d’un Gardien. L’individu semblait en difficulté malgré sa magie exceptionnelle. Le guerrier descendit de la monture et lui intima par son don de retourner près du camp afin de le protéger. Souriant de toutes ses dents, il savoura enfin l’instant. criant de tout son être d’une voix tonitruante, il attira l’attention des rôdeurs au sang de glace. Agités par tant de vacarme, ils se précipitèrent tous vers lui au point de se marcher dessus, hormis un seul. Contrôlée par la pensée, Daïnslef laissa échapper un scintillement sur ses runes et d’un bruit strident alla se ficher dans le crâne du seul sang-frais qui allait à l’encontre de l’individu. À mains nues, Carlyle pris deux autres monstres et explosa leurs crânes l’un contre l’autre en laissant échapper un cri furieux et jouissif. Les deux suivants usèrent de leur maigre intelligence afin de prendre l’acharné en étau, mais l’un fut balayé par un rocher sortant du sol et vit ses côtes lui déchirer le torse, tandis que l’autre reçut un coup de coude en plein thorax avant de se faire fracasser au sol d’une seule main. Les cinq sang-frais restants se ruèrent sur lui, alors qu'il rappelait par la pensée son épée de lumière fichée dans le crâne du premier malheureux. La lame revint vers son maître en tournoyant du côté latéral droit afin de couper une par une d’une facilité déconcertante la tête de ces imbéciles qui se déplaçaient en ligne comme une troupe disciplinée. Reprenant sa lame, Carlyle, encore enivré par le combat, ne vit plus l’individu, mais entendit un rugissement terrible derrière des arbres à proximité.

L’individu était accoudé contre un rocher et semblait préparer un sort fatal pour le kazar qui s’était mis sur ses pattes postérieures afin de déchiqueter le mage. D’un seul coup, une épée imposante et aux couleurs dorée laissa voir sa lame transpercer le ventre de la bête à fourrure blanche. Hurlant de douleur, la créature se démena grâce à son poids et à sa résistance naturelle. La lame, d’un bruit visqueux, continua son chemin du bas du ventre jusqu’à la gorge avant de laisser échapper le contenant de deux tonneaux de sang et de boyaux. Les deux parties du kazar tombèrent chacune d’un côté laissant voir la silhouette du combattant ensanglanté. Retirant sa lame lentement avec un râle de satisfaction, Carlyle s’agenouilla et demanda pardon à la créature avant de faire face à l’individu au cheveux immaculés. Il enjamba la carcasse fumante de la bête, rengaina dans son dos Béliade, et sourit en tendant la main à l’homme qui avait mis ses deux bâtons de mage devant lui.

« Par Lufénia, le monde est décidément petit. J’avais pressenti que nous nous reverrions un jour. Les renforts sont arrivés, Gardien Ashräm.»

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Mer 30 Nov - 23:35
Ashräm von Arius
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Le silence était d'or dans la forêt, et chacun un tant soit peu superstitieux savait que les problèmes ne tarderaient pas à se montrer. Dissimulés sous une épaisse couche de neige, nombre de sang-frais se terraient allongés sur le sol, attendant un quelconque signal avant de passer à l'offensive. Par Luranôs ! Ashräm eu la douloureuse surprise de voir un bras décharné se raidir la paume en l'air hors de la neige, suivi d'un cri strident. Sans avoir le temps de finir une pensée, une dizaine de monstres horribles se levèrent d'un seul coup et prirent le jeune mage pour cible. N'ayant le temps de réfléchir à un stratégie et désirant conserver son énergie cosmique, il prit la décision respectable de prendre la fuite. La forêt était un désavantage face à une horde de créatures à sa poursuite, il fallait trouver une clairière pour les rassembler en groupe et les pulvériser d'un seul coup. Comme en phase avec son hôte, Énuma sortit de la pierre de son réceptacle et s'éleva dans les airs à la recherche de l'éclaircie tant convoitée.

« Diriges-toi vers l'Est, en courant sur un quart d'ïste, tu devrais atteindre une zone dégagée ne comportant que quelques rochers. » s'exclama d'un ton calme la divinité.

« Je vois, merci Énuma ! »

Après ces belles paroles, il fallait mettre en pratique la théorie. Ashräm bénit ce jour plus que les autres d'être né sous le signe du Fulguréen, qui lui confiait la capacité physique de courir extrêmement vite sans pour autant s'épuiser davantage qu'une course normale. Il prit la direction que lui indiquait le soleil, perçant faiblement les nuages qui le cachaient. Il remit les bâtons précédemment utilisés dans son dos et enjamba aisément nombre d'obstacles avant d'apercevoir très vite la trouée. Le kazar qu'il avait blessé plus tôt l'y attendait, accompagné de l'un de ses frères. Voilà qui compliquait gravement les événements. Arrivé au niveau des derniers arbustes dont les feuilles pliaient sous le poids de la neige, il fit un bond majestueux en pointant de l'index et du majeur la première créature qui l'observait encore et piqua d'un grand tonnerre pourpre la tête du malheureux. Tenant sur ses quatre pattes, la foudre le traversa le long du corps et désintégra la quasi-totalité de son organisme, ne laissant que quatre guibolles clouées au sol. Impressionné, mais conservant une apparence intimidante, le deuxième kazar bondit suite à cette attaque dans l'intention de déchiqueter la chair de celui qui se trouvait en face de lui. La réception allait être difficile, mais il entreprit une roulade pour esquiver l'assaut de la bête et en profiter pour la dépasser. Il ne fallait pas s'arrêter de courir. Qui aurait pensé qu'il y aurait autant d'astuce et de malice dans la tête d'un tel monstre ? Presque instantanément après avoir atterri, il braqua son corps sur le côté et d'un geste vif de la patte, il projeta une vague de neige qui vint bousculer le Gardien et le fit rouler après avoir perdu l'équilibre. Confus après avoir récupéré de cette acrobatie, Ashräm chercha un appui sur lequel reprendre son souffle et trouva refuge contre un rocher inconfortable, mais bienvenu. Énuma patientait placidement dans le ciel, attendant une occasion d'intervenir.

Les sang-frais n'étaient toujours pas réapparus, cela était bizarre car ils n'étaient pas si loin que ça de la clairière. Des bruits semblaient retentir au loin, mais impossible d'avoir la ferme conviction de ce dont il s'agissait dans cet état-là. Les vertiges avaient à peine eu le temps de se dissiper que le monstre restant entreprit une ruée pour achever sa proie, enfin. Avec réticence, Ashräm usa de nouveau de ses bâtons en tant que bouclier pour repousser la créature, qui s'arrêta net avant de se hisser sur ses pattes arrières. Prit de panique, le jeune mage pria pour avoir le temps de charger un éclair, car il était difficile de garder son sang-froid dans une telle situation.

Trente secondes s'écoulèrent.

« Par Lufénia, le monde est décidément petit. J’avais pressenti que nous nous reverrions un jour. Les renforts sont arrivés, Gardien Ashräm.»

N'y voyant rien, Ashräm essuya un liquide visqueux qui recouvrait son visage, et peut-être plus encore, pour ouvrir avec difficulté ses deux paupières. La carcasse du kazar gisait au sol, coupée en deux verticalement et dans une mare de sang. Du sang dont le Gardien était recouvert de la tête aux pieds. Gardant l'air ahuri quelques secondes, il remarqua enfin la présence d'un grand gaillard devant lui, lui tendant une main amicale. Les iris émeraudes de son sauveur ne le trompait pas, il s'agissait bien de Carlyle Vangelis, l'homme qu'il avait rencontré quelques années plus tôt sur les terres des Draknä. Il accepta de bonne grâce l'aide et agrippa le bras du mercenaire pour revenir sur ses deux jambes. Le sang de la bête lui tenait chaud, mais dégageait une odeur nauséabonde.

« Qu... Carlyle ?! Tu viens de... » lança Ashräm l'air divagant avant de se reprendre en même temps que son souffle.

« Ah je vois... Tu fais parti des renforts que Griffetoison devait nous fournir... Je suis surpris, on ne vous attendait pas si tôt. »

Le galadrim des ténèbres observait la scène en silence depuis les airs, et reconnu immédiatement la marque de Lücian. Il n'en fit cependant rien. Ashräm avait enfin reprit ses esprits, comme s'il venait de se souvenir de quelque chose d'important, il écarta légèrement, mais sans grâce son nouvel ami.

« Les autres ! Vite ! Il faut absolument les rejoindre ! Azalem nous a tendu un piège, un de ses grands commandants doit se trouver ici et il faut absolument le débusquer avant qu'il ne décime la totalité des troupes ! Ils nous ont eu en beauté ! » s'exclama-t-il avec inquiétude.

Les retrouvailles attendraient, il y avait plus urgent, car dans sa précipitation, il en oublia presque de remercier l'acharné qui avait désossé ses poursuivants.

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Dim 4 Déc - 12:52
Carlyle Vangelis
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Affolé par l'urgence, Ashräm semblait pleinement concentré sur sa tâche. Les deux hommes se devaient de revenir au campement afin de combattre la légion mobile du seigneur des glaces, tout en protégeant ce qui restait de l'avant-poste des Gardiens. Carlyle ne tint pas compte du manque de considération de ce dernier envers lui ; après tout, les retrouvailles n'étaient pas au beau fixe. Il espérait que son aîné pourrait par la suite lui rendre la pareille dans un combat épique comme il les aimait. Alors que les deux hommes revenaient au centre de la clairière baignée de poudreuse, le guerrier repensa à la dernière phrase de son ami. Tout en soupirant il mit une main sur l'épaule du mage qui regardait aux alentours, le tourna vers lui, et plongea ses yeux dans les siens avec intensité.

« La situation est bien plus grave Ashräm. J'étais au camp, et un de tes compagnons m'a spécifiquement indiqué qu'il n'y avait pas un mais deux commandants d'Azalem en marche. Leur objectif n'est pas tant de détruire l'avant-poste mais bien de tous vous exterminer jusqu'au dernier, vous les Gardiens. Mais cela cache quelque chose de plus obscur et enfoui, on n'envoie pas une troupe aussi puissante pour décimer une poignée d'hommes, même si ceux-là sont des élites ! En te voyant traqué ainsi, cela s'est imposé à mon esprit clair comme de l'eau de roche... Ashräm... Azalem traque les hôtes... mon instinct me le hurle ! »

Carlyle retira la main de l'épaule de son compagnon d'infortune retrouvé tout en remettant en place ses fourrures d'ours. Tournant la tête pour examiner la clairière, il siffla pour appeler le vaillant destrier qui l'avait conduit jusqu'ici. Le silence en disant long, il laissa échapper un soupir de désolation tout en courant tel un acharné vers le renfoncement de la glaciale forêt aux sapins engourdis. En passant les deux arbres déracinés par sa maîtrise de la terre, Carlyle jura en voyant une traînée de sang régulière sur le sol. Il la suivit avec empressement et remonta cinquante mètres plus haut en foulant la mousse givrée et blanche afin de constater ce qu'il savait déjà. Il contempla la masse fumante de son quadrupède marron gisant sur le sol devenu pourpre. Le sang avait fondu la neige, et les cristaux de glace avaient concédé la course ensanglantée du fluide de l'animal jusqu'au bas de la clairière. Égorgé, le fougueux galopeur gémissait encore par un miracle cruel et insoutenable à la vue. Le cavalier dégaina Daïnslef et l'enfonça sans préavis dans le cœur de l'animal avec un râle de colère. Le cheval termina ses spasmes et partit vers les cieux. Pratiquant rapidement la sainte prière de Lufénia en fermant les yeux et en mettant sa main sur le corps encore chaud de l'animal, Carlyle se leva et regarda son ami avec une expression traduisant l'aliénation guerrière.

« Les ordures... ils payeront !!! Ceci est l'œuvre d'un sang-frais, que j'ai honteusement manqué de massacrer !! J'ai déjà perdu cinq hommes en venant ici, et maintenant un animal. Je ne perdrai pas un compagnon de plus ! »

Alors que le givre laissait entendre ses crépitements de fonte favorisés par le soleil perçant les arbres, le guerrier déchaîné se calma en présence du sage mage. Le moment n'était pas venu de laisser sa raison se perdre. Rassemblant ses moyens, il s'excusa d'un regard monotone à son ami et songea à ce que lui aussi avait perdu. Il fallait partir.

J'ai de très bonnes aptitudes de chasse, nous pouvons soit traquer nos ennemis à la trace, soit retourner au camp afin de préparer une contre-attaque plus organisée. Comme je l'ai dit, à moins que je ne me trompe, ils traqueront les hôtes et... je leur en ai ramené un de plus sur un plateau ! Nous sommes embrigadés dans le même pétrin Ashräm. Toutefois je peux divaguer, la priorité est de retrouver nos compagnons dans l'absolu !

Il n'était pas évident de se repérer dans ce labyrinthe de gel, d'autant plus que le guerrier n'avait pas pris la peine de se repérer dans sa course effrénée à la rescousse de son ami. Tout en inspirant et expirant lentement en laissant échapper des volutes de chaleur de sa bouche, il se concentra et resta immobile pendant quelques secondes. En ouvrant les yeux, deux pupilles vertes immenses signées d'un trait vertical jonchaient son visage. Une langue de serpent volumineuse sortit d'entre ses dents telle une anguille sous roche. En un sifflement effrayant, il se courba quelques secondes puis analysa les environs avant de se tourner vers le mage. Reprenant son apparence normale, il bougea les mâchoires machinalement tout en se frottant les yeux. La métamorphose partielle était une chose plus désagréable que celle dite "totale", d'autant plus que le guerrier n'avait pas choisi la créature la plus supportable à utiliser. Il sourit à Ashräm tout en montrant une certaine gêne.

« Je n'utilise ce don que rarement, mais il peut s'avérer utile. J'ai utilisé les yeux et la langue sensitive d'un Basilic, une créature redoutable d'Hÿlandyl. Il nous faut une monture, nous sommes trop loin et je ne puis concéder autant d'énergie à me métamorphoser en cheval ou autre créature pour nous amener là-bas. Nous sommes très loin du camp. J'ai repéré un nid de Kazar à deux cents mètres d'ici, c'est notre meilleure chance. Inutile de te dire ce que nous ferons d'une des créatures une fois arrivés sur place, tu dois connaître l'autre don de Lufénia... »

Les deux hommes partirent en hâte vers le nid de Kazar, qui selon les dires du Gardien ne pouvait être couvé à cette saison. Avec un peu de chance, un seul d'entre eux se trouverait sur place. Alors que le soleil décroissait, ils arrivèrent dans des bois encombrants, où une étrange cuve de glace creusait la terre jusque sous la couche de neige. Elle était vide ; uniquement remplie de branches et de squelettes de proies. Carlyle dégaina Béliade tout en laissant virevolter Daïnslef par sa pensée autour d'Ashräm. Sans surprise, un animal gronda et se révéla aux yeux des deux errants. Le kazar portait en sa gueule un cadavre de mercenaire. Carlyle serra de ses mains sa lame mais se souvint par le regard avenant de son acolyte que le but n'était pas de disséquer l'animal comme il l'avait fait tantôt, d'autant plus que cette idée venait de lui. Tout en acquiesçant, le guerrier respira profondément et regarda d'un œil de défi la bête, qui relâcha sa proie dans un bruit sourd accompagné de filets de bave. Le kazar se mit sur ses deux pattes inférieures en signe de domination. Carlyle ne recula pas et intima à Ashräm de reculer de la main. Alors que la créature grondait de plus en plus, elle tressaillit et retomba sur ses pattes avant. L'adepte de Lufénia tituba mais tint bon le rituel de soumission. L'animal aux poils blancs laissa sa gueule béante entr'ouverte et fit entendre son contentement. L'allégeance était terminée. Essuyant les perles de transpiration sur son front d'un mouvement saccadé, Carlyle regarda la bête, puis le mage, et joua de la tête avec les deux directions.

« Et dire que j'ai soumis un Basilic il y a quelques années, j'avais vraiment des idées suicidaires ahah... je ne le referais pas tous les jours cela dit ! »

Le kazar n'avait pas été aussi difficile à soumettre que le serpent du nord-ouest de Terra, mais l'opération avait fatigué Carlyle. La bête carnivore était un puissant allié désormais. Alors que les deux hommes se préparaient à monter le quadrupède d'une tonne pour retourner au camp en toute quiétude grâce à l'odorat et l'adaptabilité de celle-ci pour les terrains neigeux, des cris grotesques se firent entendre tout près. Les branches craquèrent, et au milieu de l'obscurité, les deux hommes aperçurent des silhouettes décharnées aux lumières bleutées. Ils étaient encerclés.

*Je ne saurais que trop vous conseiller de partir dès à présent ! La tempête va gronder dans environ une heure et le temps vous est compté ! *

« On doit retourner au camp, pas le temps de les combattre, Ashräm monte vite ! »

Carlyle tendit la main à son ami.

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Mar 6 Déc - 16:35
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La situation ne pouvait plus être plus chaotique qu'à présent. Pour les Gardiens, affronter un grand commandant d'Azalem représente une mission de la plus haute dangerosité. Même avec tous leurs effectifs, ils n'étaient pas sûrs de remporter la victoire. Alors lorsqu'il apprit qu'un deuxième pourrait rejoindre l'embuscade, il fit preuve de courage dont il ne se sentait pas capable pour garder un faciès inexpressif devant son ami. Ashräm se mordit les lèvres jusqu'au sang en repensant à ceux qui étaient encore dans la joute, peut-être en proies face aux créatures désincarnées.

« Je n'ai rien dit sur le chemin gamin, mais ton ami a raison, il est fort probable qu'Azalem vous traque avec précision. Je peux ressentir une énergie maléfique s'accumuler autour de cette forêt, il ne vaut mieux pas rester sur place... »

Énuma avait raison, presque comme si Carlyle l'avait lui-même entendu, il siffla dans l'espoir de retrouver son cheval. Après un silence oppressant et une brève recherche, les deux hôtes retrouvèrent la carcasse presque sans vie de celui-ci. Rongé par la colère, le guerrier acheva son compagnon lui-même, afin qu'il trouve le repos. Edëa n'était surement plus dans les parages, et en échangeant un regard compatissant avec son ami, il pria pour qu'elle ait pu échapper à ses poursuivants. Avant de reprendre la route, le jeune mage proposa quelque chose au guerrier.

« Énuma semble d'accord avec ton raisonnement. Si Azalem est vraiment en train de nous pourchasser, il faut que nous servions d'appât pour éloigner ces créatures de l'avant-poste... Mais surtout, il faut nous assurer que les troupes de Gardiens et tes mercenaires ont pu le rejoindre en vie. Mon galadrim se trouve au-dessus de nous en ce moment, il va nous indiquer le chemin à sui... »

Carlyle coupa Ashräm dans sa tirade pour le prier de le laisser faire. Le don de Lufénia lui permettait de se transformer partiellement en une créature possédant des sens extrêmement développés. N'ayant aucun moyen de rejoindre l'avant-poste rapidement, il fallait trouver une monture pour le trajet. Le jeune adepte de la déesse était prêt à soumettre un kazar dans l'espoir de le chevaucher et l'utiliser en vue de la bataille. Le Gardien acquiesça d'un signe de la tête et suivi son compagnon jusqu'au nid de la bête. La forêt se faisait de plus en plus épaisse, et la neige n'avait de cesse de dévorer le petit passage étroit entre chacun des arbres. Il était vraiment difficile de progresser à pieds. La tanière de l'animal fut aisée à remarquer, même dans cette tapisserie blanche, et le kazar ne tarda pas à montrer son museau, une moitié d'homme dans la bouche. À la vue de celui-ci, le jeune mage put ressentir que son ami retenait sa colère de force pour exécuter son plan. Ashräm préparera de sa main droite une concentration d'énergie au cas où cela tournerait au vinaigre, afin d'abattre le monstre d'un éclair foudroyant. Cela fut inutile, au prix de quelques gouttes de sueur, la bête devint docile et se courba en signe de soumission. Carlyle sauta dessus et tendit la main au Gardien encore impressionné par l'action qu'il venait de voir. Ils se mirent sans attendre en direction de l'avant-poste qui se trouvait à un ïste ou deux de leur position vers l'Ouest ; laissant derrière une horde de sang-frais prêts à se lever.

« Nous devrions arriver rapidement, ne t'occupes pas de ce que nous pourrions croiser sur le chemin, j'en fais mon affaire ! Aucun d'eux ne pourra nous rattraper. »

À peine la course commença que deux kazars se mirent à la poursuite des deux hommes. L'un d'eux apparut entre deux arbres en face, et fut empalé par un pic de glace se formant à partir de la neige sous ses pattes. Le deuxième avait entreprit de les prendre en chasse, mais fut vite stoppé par un verglas inattendu et un mur de glace qu'Ashräm avait formé derrière leur monture. Le camp n'était plus bien loin et une fumée noire était visible à l'orée de la forêt. Une odeur pestilentielle flottait aussi dans l'atmosphère, obligeant le jeune mage à couvrir ses narines avec le haut de sa tunique. C'était beaucoup trop calme, la situation était anormale. Arrivé devant ce qu'il restait des portes, Ashräm descendit du dos de la bête et observa les alentours.

« Il n'y a... plus rien... », genoux à terre, il serra les dents en frappant inutilement du poing dans la neige.

Énuma fit son apparition, de manière très spontanée et s'adressa à son maître sans jeter un regard au guerrier.

« Je les vois, dix ïstes vers le Sud, quelqu'un emmène un grand groupe de personnes. Ils ont l'air d'avoir été pris en otage pour vous attirer vers eux. Tu ferais mieux de laisser tomber, ils sont comme morts. »

Ashräm se releva immédiatement et se tourna vers le puissant guerrier des Vangelis. Il attrapa l'un de ses bâtons et le planta dans le sol tout en gardant la main sur celui-ci, le serrant à s'en faire mal.

« Nous allons foncer dedans. C'est un piège c'est évident, mais ils s'attendront sûrement à ce que nous élaborions une stratégie ou que nous renoncions. Nous allons les pourchasser, et les poursuivre jusqu'aux derniers, aucun d'eux ne ressortira vivant après cette bataille. Nous ne pouvons laisser nos compagnons entre leurs mains bien longtemps, et une fois qu'ils se seront trop éloignés du territoire que Méphystö détient, il sera trop tard. »

Quelqu'un de sage ou de réfléchi ne réagirait surement pas de la même façon, peut-être que s'il avait été seul, il n'aurait pu prononcer ces mots, mais il était convaincu de prendre la bonne décision, ne serait-ce que par respect envers ses camarades qui avaient déjà rejoint les dieux, et pour ceux qui pensaient les retrouver bientôt.

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Dim 11 Déc - 18:32
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Les deux hommes étaient partis à vive allure sur le dos du kazar. Alors que le mage faisait preuve d’une dextérité remarquable afin de mettre hors d’état de nuir deux autres gueules béantes précipitées à leurs trousses, Carlyle prit le temps de lever les yeux au ciel afin de repérer une éventuelle marque de bataille. Quelques secondes plus tard, il vit une fumée surgir au dessus des arbres à moins d’un Ïste. Pressant sa nouvelle monture d’une puissante pensée, il s’accorda un regard furtif dirigé derrière lui afin de s’assurer que son ami était toujours cramponné aux poils de la bête de plusieurs tonnes. Avec tout ce tumulte et ses soubresauts intempestifs, il n’était guère aisé de discerner une trajectoire maîtrisée d’une glissade promettant une chute mortelle. Faisant confiance à Ashräm, Carlyle se concentra sur la course enneigée en laissant les bruits de bataille se déroulant derrière lui effleurer son oreille. La chevauchée, si ceci pouvait s’appeler ainsi, avait ses avantages et ses inconvénients. Le kazar était d’une aide précieuse afin de démembrer les quelques sang-frais égarés tout en gardant une allure stable, mais il s’avérait quelque peu encombrant pour les passages boisés et plus d’une fois l’animal soumis avait failli désarçonner les deux compagnons en fonçant gueule ouverte dans des bois peu espacés. N’entendant plus le vacarme qui sévissait il y avait plusieurs minutes, Carlyle se retourna et articula quelques phrases ponctuées de spasmes irréguliers que la chevauchée apportait sans discontinuer.

« Il...Il..Kkuah ! Il faudra que je SOnge à trouvrer une AUtreee alternatIVE la pro...la prochaine fois !! Cet imbécile ne semble PA...AAS comprendre que ce qui passe pour des BRANcheees à ses yeux sont des T… des troncs d’arbres pour nouUUS ! »

Arrivés sans encombres majeures hormis un mal de dos gratifiant à leur jeune âge une cinquantaine d’années supplémentaires ainsi qu’une anesthésie générale du derrière et des bras, les deux silmérians se jetèrent hors de la monture avec délectation pour l’un, et râle de soulagement pour l’autre. Le kazar faisant plus de deux mètres au garrot, la descente avait été douloureuse pour le guerrier. S’apprêtant à faire une blague pour détendre l’atmosphère, Carlyle constata l’état du camp et l’absence des gardiens ainsi que de ses compagnons d’armes. Ashräm tomba à genoux et exprima une colère que le guerrier n’avait encore jamais vue. Alors que l’hôte ruminait sa colère, une entité sombre et effrayante fit son apparition en l’ignorant. Le galadrim avait repéré les otages, à dix ïstes vers le sud.

« Dix ïstes... on a un sacré retard sur eux. Mais ils sont vivants au moins… Ashräm c’est un piège tu le sais ça pas vrai ? »

Le mage se retourna et fit comprendre au guerrier qu’élaborer un plan de route nécessitant une longue préparation n’était pas au programme. Soutenant son regard et l’écoutant avec attention, Carlyle mit la main sur l’épaule de son ami en souriant et en profita pour stabiliser celui-ci qui commençait à lui ressembler en plein combat.

« Laisse-donc l’engouement guerrier être ma marque de fabrique Ashräm veux-tu ? J’aurai besoin de ta sagesse au moment où je ne serai plus capable moi-même d’en user. J’ai su bien avant de venir que cette mission serait un traquenard, j’en ignorais juste les proportions, qui pour le coup s’avèrent hallucinantes. Tes compagnons et les miens seront morts dans un jour si ce n’est moins, et plutôt crever que de laisser à Azalem la satisfaction de les achever. Oui...c’est un piège. Mais on va s’y précipiter avec une telle fureur et un tel volontariat que ces fils de putains n’y croiront pas leurs yeux à un tel point que ceux restés à la citadelle de glace trembleront en entendant nos noms ! »

Finissant sa diatribe héroïque par une tape dans le dos à son ami, Carlyle congédia le kazar qui se dirigea nonchalamment vers la forêt la plus proche en grognant de mécontentement et de confusion, comme s’il avait été conscient de n’avoir été qu’un pion utile dans la quête des deux silmérians. Accompagnant la retraite de la bête avec un œil attendri et ironique, il se retourna, mit la main dans sa barbe tout en ruminant ses douleurs lombaires.

« Je ne sais pas toi mais personnellement il était hors de question de continuer plus avant à dos de kazar. L’animal est certes puissant mais il manque de discrétion et de rapidité. Sa trop grande carrure nous causerait problème face à d’autres kazars. On doit pouvoir progresser rapidement tout en pouvant se faufiler à travers les plaines enneigées. S’ils passent la limite du territoire de Méphystö comme tu l’as dit, on sera dans l’obligation d’y aller à pieds, le gel ne sera pas supporté par les chevaux, mais cela n’arrivera pas ! »

Se concentrant brièvement, Carlyle resta le regard perdu quelques instants, avant de se tourner vers Ashräm en regardant derrière lui. Deux chevaux arrivèrent en galopant. Secouant leur crinière jonchée de cristaux gelés, ils manifestèrent leur entrain et leur joie de croiser deux silmérians. Les deux galopeurs miraculés du massacre se laissèrent monter par les deux hommes prêts à en découdre. Tout en fonçant à travers les sous-bois, ils se regardèrent avec un sourire amical. Carlyle regarda au dessus de lui et ressentit le froid pénétrer ses peaux d’ours pourtant excessivement chaudes. La tempête n’allait pas tarder à se lever.

Passé une demi-heure, les deux hommes se retrouvèrent à une impasse glacée surplombée par une montagne de gel, uniquement ouverte par une sorte de porte de fortune creusée dans la glace. Malgré les périls promis en pénétrant dans pareil endroit, tout indiquait pourtant le passage des troupes d’Azalem ainsi que de leurs compagnons. En scrutant l’entrée, Carlyle apaisa son cheval qui commençait à paniquer. Il regarda Ashräm tout en observant le ciel noir qui commençait à tonner.

« Les éclairs c’est ton rayon, mais là il nous faut entrer impérativement. La tempête va commencer. Nous pourrions contourner mais rien ne nous confirme qu’ils ont déjà dépassé cette immense grotte gelée. C’est sûrement un passage que les sang-frais ont creusé pendant des années. Vu la montagne, elle doit être longue à contourner, c’est un passage de choix pour eux, et tout indique que derrière celle-ci, c’est le territoire d’Azalem. On doit emmener les chevaux, ils vont mourir en restant ici… »

En voyant la mine résignée d’Ashräm, Carlyle comprit qu’ils perdaient peut-être un temps précieux, mais mourir en vain n’était pas la solution. Encourageant son compagnon à le suivre, il entra dans les tréfonds de la montagne gelée avec les sens en alerte. Des gouttes laissaient leur chute s’entendre sur les parois, et l’écho rebondissait à n’en plus pouvoir ce qui indiquait une profondeur certaine de la grotte. Assez haut et large, le passage traduisait un acharnement des légions d’Azalem afin de créer un passage permettant de faire circuler une armée entière. D’un seul coup, des milliers de poussières dorées illuminèrent les lieux en sortant du corps de Carlyle. Faisant mine de rien, il continua à marcher sans se retourner.

*Il faudra bien que les masques tombent un jour. Vous devriez vous parler, chacun sait ce que contient l’autre, pour vous comme pour nous…*

Absorbé par cette voix intérieure, Carlyle n’entendit que trop tard le grognement qui se rapprochait dans sa direction. Laissant échapper des volutes de fumée bleues, l’atmosphère se réfrigéra face à la créature à dents longues et aux yeux lumineux. Perché sur ses épines dorsales, presque comme empalé, un sang-frais éclaireur avait été envoyé pour appâter les compagnons, ou pour les tuer. Amorçant sa course, le forcené tapa du pied la bête imposante qui grogna jusqu’à fissurer les parois proches. Se dirigeant vers les deux silmérians, le sang-frais tira son épée rouillée et hurla à tue-tête d’une voix désincarnée. Carlyle tira de sa taille Daïnslef qui vint flotter de son côté droit tout en scintillant. Les runes à sa surface s’intensifièrent et la lame commença à tourner sur elle-même en provoquant une minuscule masse d’air. Son bruit strident augmenta de secondes en secondes alors que la bête s’approchait. D’un seul coup, celle-ci fila à toute vitesse et termina sa course dans le crâne de la bête qui grogna face à la douleur. Sa course ne diminuant pas, Carlyle mit cela sur le compte de la carapace épaisse de la bête. La lame de guerrier n’avait pas percé assez profondément. Revenant dans sa main, celle-ci fut rengainée. Carlyle éloigna les chevaux promptement, dégaina Béliade et se dirigea vers le danger. À quelques secondes de l’impact, le guerrier planta la lame imposante dans le sol accompagnée d’un bruit mystique, avant de sauter pour s’élever au dessus de la bête au niveau du sang-frais. La lame dorée fissura le sol. La bête, enragée et encouragée par son maître inconscient, n’eut pas le temps de freiner sa course et vit son corps solide coupé en deux par la lame indestructible qui ne bougea pas d’un pouce lors de l’impact. Ayant esquivé la bête, Carlyle attrapa par le cou le guerrier bleu en plein vol, retomba sur ses côtes non sans un certain plaisir, et examina le forcené. Constatant son absence d’intelligence -qui dans le cas contraire lui aurait permis de converser et par conséquent de divulguer des informations- le guerrier, agacé et impatient, écrasa de sa main le malheureux qui n’eut le temps de laisser échapper qu'un pauvre râle de douleur avant d’étaler sa cervelle bleue sur le sol givré. Retirant sa lame du sol, Carlyle toisa de haut la bête coupée en deux et accorda un regard amusé à son ami.

« Des tigres de gel, il ne manquait plus que ça. C’est la deuxième fois que je coupe en deux une créature aujourd’hui ! »

Les deux silmérians reprirent la route, en songeant l’un et l’autre avec une logique implacable que ce ne seraient pas les deux derniers opposants qu’ils croiseraient sous cette montagne aux parois bleutées.

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Ven 16 Déc - 22:10
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« Je ne suis pas sage Carlyle, pas encore, j'ai encore beaucoup à apprendre dans ce domaine. Merci d'avoir refroidi mes ardeurs mon ami, ce genre de comportement prouve que je ne suis pas encore capable de maîtriser mes émotions... Mais, plus les jours passent, plus j'ai l'impression que jamais Méphystö ne sera libérée de ce fléau. J'enrage au fond de moi d'être incapable de sauver qui que ce soit. »

Un long silence vint conclure cette tirade, suivi d'un bruit de pas étouffés dans la neige. Sans doute en ayant puisé de nouveau dans la grâce de Lufénia, deux chevaux répondirent à l'appel muet de Carlyle. Des rescapés de la bataille, presque gelés par le froid. Ashräm s'approcha du farouche destrier et passa la main dans sa crinière encore légèrement mouillée. Il rugit discrètement pour ce petit plaisir qu'on lui offrait. Edëa n'était pas l'une d'entre eux, ce qui le poussa à lâcher un petit soupir discret. Il était donc temps de poursuivre les légions d'Azalem, jusque dans leur territoire s'il le fallait. Une demi heure de course à cheval à pleine vitesse, ce n'était pas facile avec le temps qui commençait à se gâter. Mais l'effort permettait aux équidés de conserver une température corporelle assez élevée pour lutter contre le vent glacial qui se soulevait. Une immense paroi de glace vint bloquer la route des deux hommes, avec manifestement une entrée creusée dedans, de nombreuses traces de pas non dissimulées par la neige à l'entrée, laissant penser que les troupes du seigneur des glaces s'y étaient engouffrées.

« Là, ce serait foncer tête baissée dans leur piège soigneusement préparé gamin, il n'y a aucun doute sur le fait que plusieurs des leurs attendent en embuscade tout le long de ce tunnel pour vous tuer... » chuchota Énuma à l'oreille de son hôte. Qu'il était agaçant dans ces situations. Le mage était parfaitement au courant de ce qui l'attendait dans cette grotte, tout comme Carlyle. Il ne prit pas le temps de répondre à son galadrim et écouta le guerrier parler. Il avait raison, la tempête s'était levée, il n'était pas question de contourner la montagne. Les chevaux devaient impérativement les suivre, sinon ils seraient incapables de survivre au climat.

« Nous perdrons trop de temps à contourner la montagne en effet, il vaut mieux passer par la grotte, même s'il est évident qu'ils nous attendent. Descendons de nos montures et continuons à pieds, il faudra peut-être forcer un peu sur les sangles pour les obliger à nous suivre sans les faire paniquer. » proposa Ashräm avant de s'arrêter brusquement pour réfléchir à ce qu'il venait de dire. « Mais... S'il est possible que tu les calmes avec ton don, nous pourrions peut-être les chevaucher pour rattraper plus vite la horde. Bien que ce ne serait pas très prudent, le sol doit être glissant. Gardons de côté cette solution si jamais la situation tournait au vinaigre. »

Carlyle pénétra en premier dans l'antre aux murs marmoréens, suivi de son acolyte qui s'arrêta brusquement une fois sa botte posée sur la roche. Son regard se perdit un moment à l'horizon, comme s'il essayait de voir la sortie de là où il était. Il hésita un moment et décida d'avancer après avoir vu le signe de son compagnon l'invitant à le rejoindre. Il ne semblait pas rassuré, pour une raison qu'il ignorait.

Après avoir pénétré dans le long couloir noir et sinueux qui découlait de l'entrée, le descendant des Vangelis laissa s'échapper de son corps une poussière dorée qui illumina la zone de mille feux, éloignant définitivement l'obscurité oppressante de la cavité qui pesait sur l'esprit d'Ashräm. Ce dernier jeta un rapide coup d’œil derrière son épaule pour s'assurer que personne ne se trouvait derrière eux tout en continuant une marche prudente malgré des pas hésitants.

« ... Je vais surveiller nos arrières, ils ont peut-être poster des troupes pour nous prendre par surprise une fois que nous aurons avancé... »

Un grognement sourd se fit entendre quelques secondes après. Un sang-frais éclaireur monté sur un tigre de gel les attendaient un peu plus loin. La créature était imposante, et sa gueule munie de dents énormes aurait découragé plus d'un silmérian d'affronter un tel mastodonte. Prêt à charger, il prit suffisamment d'élan après une courte pose intimidante pour débuter sa lancée. Le mage, dont l'attention était encore captivée par ce qui ne se trouvait pas derrière eux, n'eut le temps de se retourner que pour observer son forcené de camarade déchiqueter en un instant ses deux proies. Le temps de cligner d'un œil, puis de l'autre, le félin géant se retrouvait coupé en deux, et le crâne du mort-vivant qui chevauchait la bête fut éparpillé en morceaux sur le sol. La brutalité de cette action en aurait choqué plus d'un, mais là, le plaisir était savouré, autant pour l'un que pour l'autre, même s'ils ne l'affirmeraient jamais publiquement. Les deux hommes finirent par reprendre la route, tout en espérant ne pas vivre d'autres altercations comme celle-ci.

Le bruit des pas, le claquement des sabots sur la roche, tels étaient les seuls sons que les deux compagnons purent entendre l'heure qui suivie. Difficile de trouver un sujet de conversation dans une telle situation, quand les deux combattants devaient s'arrêter toutes les dix minutes pour occire les quelques monstres qui pensaient avoir l'audace de les tuer malgré leur sous-nombre évident. Les ralentir, voilà ce qu'ils voulaient. Manifestement, ils ne tueraient pas les otages avant d'être rejoints. La fatigue physique et psychologique commençait à se montrer chez Ashräm, brisant sa marche régulière avec des mouvements de jambes désordonnés. La sueur perlait souvent sur son front, bien qu'il l'essuyait machinalement à chaque fois. Les parois de la grotte semblaient se resserrer sur lui, tel un piège qui aplatirait l'idiot qui pensait passer avec facilité. L'ambiance commençait à changer, l'atmosphère devenait plus lourde, comme si quelqu'un s'amusait à torturer l'esprit de ses visiteurs, un marionnettiste jouant puérilement avec ses poupées. Les couleurs devenaient anormales, en sortant beaucoup trop de l'ordinaire. Le mage n'était plus très sur de ce qu'il voyait, tout commençait à se déformer. Seule sa chute lui fit comprendre trop tard ce qui lui arrivait. Il reprit connaissance quelques minutes plus tard, avec aussi peu de souffle qu'une personne âgée d'une centaine d'années. Carlyle était là, l'aidant à se relever pour trouver une position assise réconfortante.

« J... Je... Je suis désolé... Je ne comprends pas ce qui m'arrive, je... » murmura-t-il d'une voix presque imperceptible.

« Calme toi gamin, tu es en pleine crise. Je ressens ton malaise et cela m'est vraiment désagréable. Tu viens de faire une peur bleue à ton compère en t'écroulant ainsi... », le galadrim avait manifestement mieux compris que lui ce qui venait de se passer.

« ... Je me suis... évanoui ?... »

Ashräm ne se savait pas maladif, et encore moins angoissé. Il resta assis un moment, priant Carlyle de lui donner cinq minutes pour reprendre ses esprits et réguler sa tension. À quoi bon essayer de le rassurer ? Il n'était même pas sur de pouvoir le faire pour lui. Encore un contretemps qui les éloignaient de leur objectif. Il prit la gourde accrochée à sa ceinture pour boire quelques gorgées et mouiller légèrement son visage. En s'essuyant et en ouvrant les yeux tout doucement, il vit qu'à quelques mètres un embranchement les attendaient. Le chemin se divisait, et peut-être même qu'il deviendra labyrinthique par la suite. Il fallait prendre un temps pour réfléchir à la suite.

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Dim 5 Fév - 23:02
Carlyle Vangelis
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L’obscurité envahissait l’infiniment petit des cavités. La lumière générée par Lücian, pourtant vivace, faisait office de chandelle de fortune entre ces murs gelés et fatigués de leur proximité. Le guerrier et le mage convergeaient vers ce qui semblait être le centre de la montagne depuis maintenant une heure. L’écho du néant entrait en résonance avec l’écho de la vie elle-même ; les pas déterminés de deux hommes que la vie avait amenés à se rencontrer de nouveau, au beau milieu de ce grand théâtre du monde. Le froid semblait s’intensifier à mesure que les parois s’élargissaient. Alors que le doute de retrouver vivant ses amis s’insinuait lentement dans l’esprit du jeune mercenaire, le reflet de sa silhouette offert par le miroir de cristal naturel dont était constitué les murs de givre lui rappela qu’il était vivant, lui, et qu’il fallait avancer peu importe le prix. Il n’était pas question de se livrer corps et âme dans une bataille afin d’oublier son présent parasité par un passé venimeux, ni de goûter aux saveurs sanguinolentes d’un corps à corps enivrant, mais bien de laisser de côté, pour le moment, son âme couleur carmin afin de se concentrer sur l’essentiel. Plus que dans n’importe quel moment de sa courte existence, c’est en cet instant que Carlyle expérimenta la patience.

Après de longs moments à se demander comment il eût été possible qu’une armée, faite de sang-frais de surcroît, ait pu s’infiltrer entre ces cavités exiguës sans perdre patience, Carlyle faillit tomber dans le creux béant de ce qui s’apparentait à une chambre ténébreuse. Chancelant mais stabilisé grâce à ses réflexes, il s’accrocha au rebord gelé avant de remonter prestement non sans laisser échapper un râle de mécontentement. Remettant sur ses épaules ses fourrures d’ours salutaires au vu des températures glaciales, il ouvrit ses sens et se donna entièrement aux dons de Lufénia afin de discerner d’éventuelles traces odorantes. La voûte d’ombre qui couvrait la large grotte semblait se hisser jusqu’au firmament. Mais le ciel n’était pas visible. Un bruit sourd se faisait entendre au creux dans lequel Carlyle avait failli disparaître. En alerte, il termina son inspection avec un soupir désabusé. Rien. D’un seul coup, alors qu’il redevenait lui-même après avoir emprunté les atouts sauvages de l’ours, du faucon ainsi que du Basilic, l’évidence le ramena à la réalité. Religieusement concentré dans sa recherche d’indices, il n’avait même pas perçu les respirations saccadées de son ami resté derrière lui. Presque écroulé, l’homme au teint pâle tentait de se tenir debout accoudé à une paroi. Les jambes flageolantes, la sueur perlant sur son front, les yeux grisés par le malaise et les cheveux trempés ; Ashräm partit pour le pays des rêves et faillit s'engouffrer à jamais dans le pays des ombres en glissant vers le rebord de la falaise. Le guerrier vit son ami passer à côté de lui, telle une ombre emportée par Palazür lui-même. Le tapis de givre ne suffit pas à freiner la course du mage qui plongea tête la première dans l’inconnu. Carlyle, tout juste sorti de sa rêverie habituelle, n’eut que le temps de prendre une inspiration désordonnée face à la surprise, avant de se jeter dans le vide.

« Ashräm !!! »

La main droite qui servait d’ordinaire à empoigner frénétiquement l’épée fit office en cet instant de grappin de fortune. Violemment projeté en avant, la poudreuse sur le sol l’avait accompagné dans sa course, se déversant dans le noir du vide et tapissant ses habits ainsi que le visage du manieur de foudre. Bien que de carrure moyenne, le mage faisait son poids. Carlyle remercia les dieux d’être né sous l’élément tellurique, rendant de ce fait la pendaison de tout son poids de son ami sur son bras sensiblement plus supportable. Habitué aux situations délicates, il chercha un moyen de remonter alors qu’une voix intérieure, pas la sienne, lui disait de faire appel à elle. Bouillonnant malgré lui devant quelque péripétie tant attendue, il serra fermement la cheville de son ami et tira d’un coup sec avec un mouvement de pivot. En l’air pendant une seconde, Ashräm fut reçu, à l’endroit, dans les bras de son acolyte. Alors que les deux hommes pendaient encore à la paroi, l’engouffrement par lequel Carlyle avait miraculeusement pu mettre sa main commençait à fondre sous la chaleur du sang circulant dans ses veines. Fissurée et vaporeuse, la glace se rompit, laissant les deux hommes tomber dans le brouillard d’encre. Quelques secondes plus tard, une douleur intense se manifesta dans le bas-dos du guerrier. Il se releva maladroitement, dégaina Daïnslef et fit jaillir de ses runes des étoiles immaculées par milliers afin d’illuminer les lieux. Le souffle court et la gorge nouée, il cria d’une voix grave le nom de son ami qu’il pensait perdu. Tournant sa tête de tout côté, il le vit, inconscient, à quelques mètres de lui. Deux ailes d’un noir de jais l’entouraient de leur grandeur. Il perçut deux yeux rouges dans l’ombre, avant de voir les membranes divines diminuer et s’évaporer dans l’artefact qui leur étaient destinées. Énuma avait sauvé son maître.

Quelque peu gêné par son manque de précaution, il soupira et entra en contact avec sa déesse sans prendre la peine de communiquer par télépathie.

« Mon mal de dos laisse sentir que je n’ai pas eu le droit à un traitement de faveur ? Qui l’eût-cru : le ténébreux et cruel Énuma serait donc plus miséricordieux que sa jumelle, la pure et lumineuse Lücian ? »

* J’avais perçu la hauteur négligeable de votre chute. Je n’ai simplement pas résisté à l’occasion de te donner une leçon. *

Il laissa échapper un sourire avant de rapidement se diriger vers Ashräm. Inquiet face à cet événement inattendu et cette nouvelle facette de son compagnon, il se demanda quel était le mal qui avait poussé son ami dans les griffes du sommeil. Pressé de savoir ce qu’il en était des environs, il saisit ce dernier par les jambes et le dos, afin de le mettre sur ses épaules. Ayant repris la marche, Carlyle constata que le chemin était bien moins gelé. L’humidité laissait refléter son aspect caractéristique par la lumière élémentaire générée par la lame des Vangelis. La roche, très calcaire, rendait le sol peut-être encore plus glissant qu'auparavant. Enfin remonté par un sentier escarpé, il regarda l’endroit d’où ils étaient venus, et se rendit compte que l’armée était passée bien plus bas. Des traces de pas ainsi que des morceaux de tissus jonchaient le sol. La glace reprit ses marques avec la hauteur, alors que le sentier débouchait sur plusieurs embranchements dont les cavités étaient pourvues d’une obscurité poisseuse peu accommodante. Jugeant bon de faire une halte, Carlyle déposa son acolyte sur les fourrures épaisses qui lui servaient d’habits. Il ne fallut pas longtemps avant que ce dernier ne se réveille, quelque peu désorienté. Le temps n’étant pas perçu de la même manière par ceux plongeant dans les chimères de l’inconscience, Carlyle se dit qu’il était sans doute préférable de ne pas renseigner le mage sur le petit périple qu’ils avaient dû subir par défaut, le grand plongeon inopiné du jeune comateux étant la cause de ce dernier. En tant qu’aîné et sage du groupe, Ashräm avait laissé dans l’esprit de Carlyle l’image d’un homme taciturne mais au contrôle. Désarticulée et mise en pièces, la stabilité psychique d’un tel homme, s’il la savait si fragile, pouvait l’amener à douter. Souhaitant protéger son ami, il ne dit mot de tout cela mais se leva pour offrir aux yeux du dormeur une vision amicale et réconfortante.

« Heeeeeh… doucement l’ami, voilà. Tu nous as tous fait une peur qui aurait rendu bleue Néthys tu le sais ça ? Je t’ai porté jusqu’ici, pendant que tu… que tu étais dans le coma, j’ai dévalé une pente, et j’ai trouvé ce sentier qui a débouché sur des embranchements. Il faut que tu te remettes avant que nous ne songions à aller plus avant. Un mage sans lucidité n’est pas un vrai mage n'est-il pas ? Quoique, tu as eu l’idée de venir dans ce traquenard avant même que je ne le propose ; comme quoi nous avons des points communs toi et moi. »

Soulagé de voir son ami réveillé, il lui tapota l'épaule en pensant à ne pas trop laisser sa force naturelle perturber son réveil douloureux. Scrutant chaque entrée de chaque cavité de ses yeux verts luisants, il se renfrogna de suite en constatant le nombre de chemins possibles ainsi que le nombre d'éventuelles impasses et s’assit lourdement en manifestant son mécontentement face à la douleur de son dos occasionnée par sa chute. Il cessa promptement de se plaindre de crainte de voir son compagnon poser une question face à cette blessure, ce qui lui obligerait de dévoiler toute cette énorme mascarade, dont il était le premier tributaire, du fait de son manque de vigilance. Se forçant à sourire, il s’enfouit dans un mutisme gênant avant de se décider à parler en toute quiétude, l’œil affable et le visage relâché.

« Quelle vie hein ?...... On ne fait que suivre un chemin qui nous semble juste, mais au final nous sommes perdus nous autres. Parias, bannis, exilés ; tout ce que j’ai ce sont mes lames et mon savoir-faire Ashräm, mais un plus grand but m’anime depuis quelques temps. Je suis un roi loin de chez lui et privé de sa seigneurie, dont les parents sont morts… je ne cherche que la vengeance et le rétablissement de mon honneur, mais tu veux savoir ce qui me fait le plus peur ? C’est d’uniquement vouloir tuer sans penser au futur. Je ne veux pas devenir roi, que ferais-je d’un tel héritage ? Je ne suis qu’un mercenaire qui ne vit que pour le combat. Mon âme n’est apaisée que lorsque je suis dans l’entre-deux, au seuil de la Mort. Comment pourrais-je guider un peuple alors que je ne puis retrouver mon propre chemin ?...... Excuse-moi je… Depuis notre première rencontre chez les Draknä j'ai changé et… Il est rare que je dispose de quelqu’un à qui parler de tout cela, sans compter Lücian. »

Alors que l’atmosphère se faisait de plus en plus pesante, les étoiles de lumière s’abaissèrent au niveau des deux hommes, enveloppés dans leurs fourrures. Tels des spectres privés de leurs âmes, méditant sur les possibilités multiples de leur futur, ils se regardèrent l’un l’autre, en silence. Très vite mal à l’aise dans cette position inconfortable, Carlyle s’allongea en restant les yeux levés vers la voûte d’ombre de la montagne.

« C’est dans ces moments de doute qu’il est crucial d’avoir quelqu’un à ses côtés. Je n’ai pas eu le temps de te le dire depuis l’attaque des sang-frais sur les terres gelées mais… c’est une grande joie de te revoir. »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Lun 6 Fév - 17:49
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La notion du temps paraissait bien loin et étrange. Il s'était écoulé beaucoup plus de minutes que l'imaginait Ashräm après être subitement tombé inconscient. Un chemin labyrinthique s'étendait à perte de vue devant les deux compagnons, dont l'un extrêmement angoissé sembla-t-il, à l'idée de ne pas arriver au bout de sa quête. Énuma lui raconta tous les événements quelques peu surprenants arrivés durant son absence, sans doute pour dénigrer le guerrier ; mais le mage n'en tint pas compte. Il avait tout gâché, les sang-frais allait sûrement prendre de l'avance sur eux, ce qui retarderait leur poursuite et diminueraient leurs chances de trouver leurs compères sains et saufs. Il remit ses cheveux trempés en place avant d'accepter la gourde que lui tendait son ami. Doucement relevé par ce dernier, il se mit en position assise pour faire descendre le breuvage et reprendre son souffle.

Carlyle essayait de remonter le moral de son confrère d'une tape de la main et d'un discours amical, sans effet cela dit. Peu de temps après, il s'allongea et se laissa aller à la songerie. L'atmosphère de la grotte poussait certainement les gens à dévoiler leurs sentiments, lorsque ceux-ci se sentaient accablés par leurs peurs ou leurs regrets.

« C'est une grande joie de te revoir aussi, mais je suis surpris mon ami. Depuis cette période chez les Draknä, j'ai toujours pensé que tu étais quelqu'un d'inébranlable, soucieux de sa contrée, mais résolu à faire le bien et obtenir vengeance pour les siens. Tu... représentes le parangon, encore aujourd'hui, de la détermination que j'ai en mes convictions. Le monde n'est pas blanc et noir Carlyle, s'il y a une chose que j'ai appris de ma famille, c'est que l'on obtient pas ce que l'on veut si l'on n'utilise pas tous les moyens à notre disposition... »

Ashräm se releva tant bien que mal sur ses jambes encore flageolantes. Il s'appuya d'une main ferme sur la paroi de la caverne en refusant l'aide que son ami lui proposait. Il fallait avancer, la première intersection était encore à quelques lieux de leur position. Haletant et boitant légèrement, le mage se déplaça avec précaution et difficulté, tout en réfléchissant à ce que Carlyle essayait de lui faire comprendre.

« Tu deviendras roi, que tu le veuilles ou non, car c'est ta destinée, celle en laquelle je veux croire. Tu penses que tu dois trouver ton propre chemin avant d'accepter l'héritage qui est le tien, mais tout ce que tu fais c'est essayer de fuir les responsabilités et laisser ton cœur se tourner vers le doute, la peur de ne pas être à la hauteur vis-à-vis des attentes qu'ont les gens envers toi. Je le sais car... c'est exactement la situation dans laquelle je suis et qui me terrorise... C'est en reprenant ton trône que tu trouveras ta voie, mais seulement une fois que tu l'auras décidé, lorsque l'hésitation aura quitté tes pensées. Cependant je... je n'ai peut-être pas le droit te dire ça, je suis un lâche. Je te dit ceci mais de mon côté, jamais je ne pourrai faire face à tout ce qui m'attend. Je me suis réfugié ici à Méphystö, non pas par soutien envers un vieil ami, mais pour me cacher des ombres qui me poursuivent. Ces démons qui me hantent chaque nuit et qui jamais ne me laissent en paix. Je ne pense pas être capable de m'en libérer... »

Ashräm serra si fort son poing droit que ses ongles déchirèrent sa chair et fit couler quelques perles de sang imperceptibles. Trois chemins se présentèrent face aux deux hommes. Il attrapa l'un de ses bâtons pour s'appuyer dessus, le temps d'observer les trois voies possibles qui se dessinaient devant leurs yeux. Son état s'améliorait. Carlyle avait peut-être raison finalement, ce qui manquaient à des personnes comme celles-là, c'était de pouvoir confesser ses peurs à quelqu'un qui pourrait les comprendre et les interpréter. Une odeur parvint soudain au nez du mage, une puanteur assez désagréable. Elle semblait venir de toutes les directions, même de derrière eux. Le groupe de sang-frais n'était peut-être pas si loin que ça, mais pourquoi se seraient-il arrêtés... Ashräm se tourna vers son allié et repensa à leur discussion, il eut un petit ricanement étouffé par ses lèvres fermées.

« Tu vas peut-être trouver ça absurde car je n'ai rien pour te le prouver, mais je pense que tu ne devrais pas t'en faire. J'ai la conviction que tu es sur la bonne voie, c'est juste que tu ne le sais pas encore. De mon côté, je peux te promettre de faire tout ce qui est en mon possible pour t'aider, car la rédemption de ma famille commence par réparer les erreurs de mes ancêtres, les miennes, ainsi que celles d'Énuma. J'en suis le médiateur forcé. »

« ... »

« Hé hé... Il n'a pas l'air heureux que je te raconte tout ça. Énuma a beaucoup changé tu sais, je suis sur que Lücian serait surprise de voir ça. Au début je n'étais pas sûr de pouvoir m'entendre avec lui, j'ai longtemps songé à en finir. La mémoire et les pensées de mes ancêtres me harcèlent constamment, je lutte rien que pour rester moi-même, et j'ai peur de baisser les bras chaque jour... Je... J'ai l'impression que des fois je ne suis plus moi-même, que je ne contrôle pas mes paroles et mes actes... Ou peut-être que finalement, c'est moi qui l'oblige à changer ; je ne suis pas sûr des effets de mon comportement... Le pacte est une chose étrange, et les divinités le sont encore plus. »

Une légère brise vint dissiper momentanément l'odeur nauséabonde qui traînait dans l'air. Le vent glacial semblait s'infiltrer aussi profondément dans les entrailles de la montagne. Mais c'était une bonne nouvelle. Carlyle semblait l'avoir remarqué aussi, et sans un mot ils prirent la direction du courant glacé. Le boyaux de roche semblaient se rétrécir au fur et à mesure que les deux hommes continuaient d'avancer, jusqu'à ce qu'un mur les arrête net. C'était étrange, il reflétait leur image, aussi nettement qu'un miroir. Ashräm eut un petit hoquet de surprise en découvrant sa silhouette, meurtrie par les combats et les intempéries qui l'avaient amené jusqu'ici. Il posa la main contre la surface nimbée d'une fraîcheur hivernale et plongea dans son propre regard, comme absorbé par ce qui lui montrait la réalité.

« C'est... le reflet de mes doutes... J'ai du mal à soutenir mon propre regard... »

« Ce n'est pas ordinaire, cette paroi ne devrait pas se trouver ici. Les sang-frais sont incapables d'une telle maîtrise, quelqu'un de puissant les a rejoint, à n'en pas douter... Arrêtons-nous un moment, je peux briser ce mur mais pas sans repos, je suis désolé... Je sais ce qui nous attend derrière. La sortie n'est pas loin. »

Il frappa du poing droit contre le mur, avant de poser son front contre la glace.

« Je... Je ne suis pas sur qu'ils soient encore en vie, je ne les perçois pas... »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Ven 24 Fév - 18:05
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Épancher en toute sérénité son intériorité du moment était pour Carlyle similaire en tout point en ce qui consistait à drainer le poison d’une plaie. Les mots, semblables à d’âpres sonorités teintées d’encre vénéneuse, trouvaient à l’air libre une vie nouvelle et une résonance thérapeutique envers leur hôte qui voyait en son acolyte un miroir capable de tout absorber. Ashräm, comme à son accoutumée, voyait juste à travers le guerrier. Le doute instillait dans les êtres un mal qui ne faisait que les désintégrer. Dans sa lucidité, l’ami retrouvé avait pointé du doigt la lâcheté probablement véridique de Carlyle, qui allait à contre-courant de son destin. Tuer pour vivre et parcourir le monde sans état d’âme, était-ce vraiment le Carlyle dont Agharta avait besoin ? Certainement pas. Mais son héritage avait besoin de lui, tout comme lui avait besoin de son héritage. Ses racines retrouvées, il ne lui restait plus qu’à les extirper de la fange d’où elles étaient profondément embourbées afin de se retrouver et tenter de soigner son mal par la découverte d’un nouveau monde, celui qui lui était destiné dès sa naissance. La vengeance avait toujours sa place sur l’échiquier plus qu’auparavant, mais elle était maîtrisée. Seule la peur d’être dépassé par la suite hantait Carlyle.

En cet instant révélateur, il réalisa qu’il ne lui manquait depuis tout ce temps qu’une voix familière capable de lui opposer ce qu’il savait déjà. Le mage, de manière limpide, lui exposa alors sa propre vision des choses, en offrant à ce dernier un parallèle de sa propre situation. Il n’avait jamais réalisé à quel point son ami était similaire à lui. Tout en faisant un historique rapide de sa naissance, il indiqua clairement la volonté de se joindre à Carlyle pour faire cesser l’avancée des ombres que constituaient les silmérians et les dieux. Souriant face à l’avenir qui semblait prometteur, il décela cependant une souffrance chez son ami qui lui parcourut l’échine.

Ayant senti l’air frais qui indiquait une potentielle sortie, les deux hommes se levèrent et se dirigèrent dans la direction de leur potentiel salut. Tout en s’assurant que le récent malade pouvait marcher convenablement, Carlyle entreprit, à son tour, de consolider les fondations mentales d’Ashräm.

« Nous sommes tous deux en proie à des spectres de notre passé. Tes rêveries sont d’un autre ordre et tournées vers tes ancêtres. Je ne peux pas dire que tous les miens furent des parangons de vertu au vu de ce que je perçois par moments en fouillant les méandres de mon lien avec Lücian, mais cela doit être terrible pour toi d’assister à tant d’obscurité. Les dieux sont sibyllins et éternellement voués à changer. Être le membre d’une famille qui en a conservé un depuis des siècles est selon moi plus une malédiction qu’un privilège. Je ne sais quels sont les pouvoirs qui ont pu agir contre eux, mais je pense que tes ancêtres ont avant tout été des victimes plus que des actants… »

* Chaque divinité influe sur son hôte qu’elle le veuille ou non. La direction choisie par un hôte restera toujours fixée selon un équilibre fragile entre volonté individuelle et influence cosmique. C’est l’âme de chaque silmérian qui détermine le futur d’une relation. En ce qui me concerne, je n’ai fait que révéler les sources de vérité ancrées en chacun de vous. Énuma a sûrement fait de même, à sa façon… *

* Certes… mais si la vérité était vraiment un objectif prioritaire pour toi, j'aurais appris mes origines bien avant de devenir un homme. *

* Et les chimères qui te hantent et te réveillent la nuit en hurlements seraient d'un tout autre ordre, crois-moi. Je ne peux revenir sur le passé Carlyle... *

En voyant le mage laisser errer son regard sur les miroirs gelés, il y vit la représentation d’un spectre en haillons, dont les cheveux millénaires et portés par une grâce immaculée enveloppait l'entièreté de son être jusqu’à envahir les parois de cette galerie des glaces où chaque mur ne faisait que soumettre à la vue du perdu ses propres échecs. Carlyle ne connaissait que trop bien cette sensation d’abandon. Le feu devait ressurgir en lui, telle la flamme créatrice qui mit un terme au règne de la Mort et des ombres pour laisser place à l’avènement des chandelles et des flambeaux solaires aux origines du monde. Choqué face à son reflet, le mage contempla avec une perdition profonde son apparence fatiguée, qui n’était pour lui plus qu’une enveloppe charnelle vide soumise aux événements erratiques et cruels de la vie. Arrivé face à un mur de glace à l’apparence mystique, le mage tapa du poing la surface en laissant entendre qu’il ne pourrait le réduire à néant sans repos, tout en soulignant ses doutes quant à la possible survie des hommes qu’ils avaient décidé de secourir. Carlyle mit la main sur l’épaule de son compagnon pour lui donner sa propre flamme qui se battait timidement en son creux depuis que ce dernier lui avait proféré des paroles réconfortantes sur son avenir.

« Je sais qui tu es, à défaut de ne t’avoir connu que récemment. Ce lien qui nous unit me fait comprendre ta valeur. Ce reflet est celui d’un homme qui se bat pour ses idéaux sans penser un instant à sa personne. Ta perdition est louable mais pas impossible à surmonter. Le simple fait que tu aies décidé d’en finir avec ta famille montre que tu ne seras jamais comme le pire de tes ancêtres. Tu veux m’aider dans ma quête, mais je ferai de même te concernant. Nous allons nous en sortir, nous allons sauver nos hommes, et nous avancerons face à tous les obstacles, quitte à mourir s’il le faut. »

Scrutant la façade bleutée d’un air arrogant, Carlyle déposa ses affaires avant de dégainer son épée destructrice. Se préparant à fendre l’obstacle en deux, il jeta un coup d’œil à son ami resté en retrait pour avoir un signe d’approbation. Le mage ne laissa paraître aucune once d’espoir quant à l’entreprise. Le guerrier décida sans plus attendre de tenter sa chance au mépris des règles magiques régissant le monde dont il ignorait tout. Resserrant l’emprise de ses mains sur le manche de son “joyau écaillé”, il fronça les sourcils tout en affichant un regard perçant. Des miettes de terres s’élevèrent pendant un instant dans les airs et gravitèrent autour de lui tels des planètes soumises à un astre supérieur. Le choc allait être brutal.

* La magie ne doit pas être prise à la légère, tu ne sais ce qui adviendra une fois le mur brisé, je t’en prie, laisse faire ton ami. *

S’élançant d’un bond qui fit frémir l’air et se fissurer le sol, Carlyle fit jouer son ultime lame contre ce maudit mur d’un son étourdissant. Les fondations de la salle obscure sous la montagne tremblèrent et laissèrent des morceaux de la voûte se détacher pour venir s’écraser de manière éparse dans les tréfonds de l’obscur trou béant. Les muscles tendus et le visage crispé, Carlyle avait frappé de toutes ses forces. Alors que le bruit du choc finissait enfin par cesser sa mélodie raisonnante et caverneuse, il retira son épée en arrière d’un râle de satisfaction. La paroi géante se scinda en centaines de fissures avant de laisser échapper des craquements inquiétants mais encourageants. Très vite, la glace se mua en poussière cristalline. Les cristaux gelés du mur se dissipèrent dans un scintillement effarant avant de laisser s’engouffrer un air pur et vivifiant sur les deux hommes. Souriant à pleine dents, le visage marqué par la sueur, Carlyle se retourna vers Ashräm en levant son épée vers le ciel de la montagne. Enhardi par la réussite, il se dirigea promptement vers l’ouverture qui narguait les deux hommes depuis maintenant une heure d’un pas assuré. Alors qu’il passait la frontière du mur encore marqué par les résidus de glace tombés au sol, il sentit l’atmosphère se refroidir et envahir le dessous de ses vêtements. Les cristaux se reformèrent à une vitesse inattendue, obligeant le guerrier à sauter en arrière de manière désordonnée pour sauver son corps d’une hibernation séculaire qui n’aurait été interrompue que par la magie de son ami ; ce dernier qui aurait eu le malheur de revoir le corps de son compagnon dans une léthargie éternelle. Touché au bras par ce mal glacial, Carlyle tomba sur le dos et hurla de douleur. En un instant, des cristaux de lumière jaillirent de son corps pour former la silhouette d’une femme aux yeux fermés et à la beauté incapacitante. Lücian, non sans inquiétude, prit le bras de son hôte et l’enveloppa dans ses mains immaculées et bandées de soie blanche. Carlyle expira lentement de soulagement en regardant d’un air désolé sa déesse, qui encore une fois le sauvait de sa témérité maladive. S’asseyant aux côtés de ce dernier dans une position gracieuse, elle ouvrit enfin ses prunelles violettes afin d’y dévoiler le cosmos de ses iris semblables à deux astres éternels. Le regard divin accusateur et moqueur de l’Ërendyl se plongea dans celui de l’hôte, qui afficha une mine mêlée d’orgueil et d’approbation.

« Cette glace est maudite… On peut la briser mais pas la faire disparaître par des moyens conventionnels, c’est surnaturel. »

« C’est ce que l’on appelle la magie, fou que tu es. »

Souriant à la pique de son galadrim, il se sentit désemparé et inutile, ainsi que profondément imbécile. Il se tourna vers Ashräm, qui avait été le spectateur privilégié de cette pièce de théâtre à la scène d’exposition grandiloquente, aux péripéties prometteuses et tumultueuses, mais à la conclusion ridicule et prévisible.

« J’ai compris, je te laisse faire mon ami ! »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Mer 15 Mar - 21:13
Ashräm von Arius
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« Tu sais, j'ai longuement réfléchi à ce qui aurait pu pousser mes ancêtres à provoquer de tels événements. Je ne m'étais jamais posé la question enfant parce que jamais elle n'aurait pu me venir à l'esprit, mais j'ai décidé de ne pas leur en vouloir. C'était pour moi la seule conclusion possible, la seule qui me permettrait d'avancer sans tout le temps me retourner vers le passé. Le destin nous tient avec des ficelles impossibles à couper tant que l'on a pas la bonne lame pour le faire. Et celle-ci, nous ne pouvons la trouver par nous-même, quelqu'un doit nous montrer la voie, la bonne direction à suivre et nous pousser à braver l'existence qui était prévue pour les simples êtres de chair que nous sommes. »

« * Si les humains sont facilement manipulables, c'est qu'il y a une raison derrière le fonctionnement d'un tel processus. L'influence des dieux est exactement la même que n'importe quel silmérian, mais l'avidité et la soif de pouvoir sont des souches impossibles à retirer, ni à créer. Une chose ne peut grandir que si elle existe déjà, rien ne peut être fait à partir de rien. Tes ancêtres sont devenus de telles personnes car ils l'étaient déjà depuis leur naissance. * »

Énuma semblait aussi affecté par la discussion que Carlyle et Ashräm avaient entamé. C'était plutôt rare de le voir aborder ce sujet. Serait-ce la présence de la gracieuse Luciän qui le force à dialoguer, ou bien pour corroborer sa vision. Carlyle avait raison, rien n'est insurmontable à partir du moment où les actants décidaient de prendre leur rôle en main.

« * La promesse d'une aide mutuelle hein ?... Quelque soit la fin de cette aventure, je marquerais dans ma mémoire ces événements Carlyle Vangelis, et je les utiliserais sans hésiter si jamais le destin me pousse à bout et provoque le fléchissement de mes convictions. Tu n'hésites pas à m'appeler ton ami alors que n'importe qui aurait choisi la facilité. Tu ne le sais pas, mais tu as déjà rempli ta part du marché... * »

Ashräm fit deux pas en arrière afin de s'éloigner du miroir de glace qui lui barrait la route, et caressa son poing droit comme si la fraîcheur de la ferraille pouvait apaiser sa douleur physique. Quel idiot de frapper de son seul bras encore fait de peau et de sang. Il se dirigea ensuite contre la paroi Est en faisant signe à Carlyle qu'il se reposerait ici, en luttant contre l'assoupissement. Il fallait faire vite, chaque seconde était précieuse ; il était inutile d'attendre que son énergie revienne entièrement.

« * Tu as suffisamment d'énergie pour briser ce mur pourtant, aurais-tu peur des conséquences que cela aurait sur ton corps si tu forçais trop maintenant ? Tu estimes donc que la vie de tes prétendus amis ne valent pas ce sacrifice... * »

« * Je... Non... Certainement pas ! Je n'en suis pas capable c'est tout. Arrêtes de jouer avec moi tu veux ? Ce n'est pas la première fois et ce ne sera pas la dernière que tu me pousses à bout avec tes réflexions. * »

« * Je te montres juste ce que tu refuses inconsciemment de voir. Toutes ces belles paroles auraient du t'inspirer pourtant. Ce n'est pourtant pas compliqué de regarder les choses en face. * »

« * Tu... ! * »

La dialogue psychique fut interrompu par Carlyle, qui dégaina violemment son épée en direction du mur, laissant penser par un bref signe de la tête vers son ami qu'il serait capable de le détruire par la force brute. Ashräm haussa les sourcils et ouvrit la bouche de surprise avant de lui faire comprendre que ce serait stupide. Mais rien n'arrêterait un homme décidé, et il tenta malgré tout l'entreprise qui se solda par un échec et manqua par la même occasion de le transformer en statue de glace pour un bon moment. Énuma avait raison, même si cela pouvait sembler futile au premier abord, Carlyle n'hésitait pas une seule seconde à employer tous les moyens qu'il avait à disposition pour avancer, quitte à le payer de sa propre personne.

« * Tu... Ne suis-je vraiment pas capable d'une telle chose ?... * »

L'air décidé, le jeune mage qui méditait depuis une heure déjà se leva brusquement, non pas pour aider Luciän à conforter le guerrier intrépide, mais pour atteindre la paroi qui les empêchait d'avancer. Il y posa de nouveau la main droite, mais à un point très précis.

« Maäsa ër ineröd. La magie est infinie. La magie est indéfinissable. La magie ne suit pas les règles de ce monde. C'est l'une des premières choses que l'on apprend en école d'élémentalisme. Ton épée n'aurait rien pu faire même si tu y avais mis toute la force du Sculpteur. En revanche, elle répond à ses propres règles, et celles-ci sont immuables. Un bouclier d'une telle intensité utilise l'énergie de son lanceur pour se maintenir physiquement dans notre monde. Il y a donc deux solutions pour la faire disparaître : tuer celui qui l'a placée, ce qui est impossible dans notre cas vu qu'il se trouve de l'autre côté, ou bien injecter sa propre magie dans la signature de ce dernier. Chaque signature est propre à chaque être utilisant la rivière cosmique, il n'en existe pas deux pareilles ; le seul problème, c'est qu'elle est invisible si l'on ne possède pas soi-même une grande source d'énergie et un élément compatible. »

Énuma fit vicieusement son apparition via une brume noire qui se dissipa dans l'air sans laisser de trace. Le galadrim, toujours près de sa fierté, ne posait pas les pieds au sol et se contentait de léviter au-dessus de celui-ci. Il ne dit pas un mot et se contenta d'observer la scène.

« Et j'ai la chance d'être né sous la bénédiction de la Glacéenne. C'est une magie ancienne, qui est très différente de celle que nous, silmérians, utilisons actuellement. Il s'agit de véritable contrôle, un savoir perdu depuis des centaines, voire des milliers d'années. Peut-être même qu'il n'a jamais été accessible à notre race ; pas par des moyens réalistes en tout cas. Recule un peu, je vais la faire exploser. »

À ses yeux, la signature apparaissait comme un glyphe parfaitement visible. Il suffisait de trouver le point d'entrée, juste en dessous de sa paume, et d'y déverser son aura pour briser le sort. L'air devint soudain plus glacial, jusqu'à recouvrir progressivement Ashräm d'une fine pellicule de gel. La douleur était supportable, mais il devait se concentrer pour maximiser l'impact qu'aurait l'énergie qui déferlerait tel un torrent dans le mur. Il relâcha d'un mouvement très bref toute sa magie et le boyau terrestre ne tarda pas à être complètement illuminé. Des fissures commençaient à apparaître, sous une pluie de craquèlement qui pousserait n'importe qui à se déchirer les tympans.

« * Argh... Je n'y arrive pas, je n'ai pas assez récupéré, mais je ne peux pas abandonner ! * »

Énuma se glissa furtivement dans le dos de son hôte et lui procura de sa propre énergie en le touchant avec ses bras.

« Je vais te prêter mon énergie pour cette fois-ci, mais la prochaine fois il vaudrait mieux que tu apprennes à utiliser les avantages de ton pacte pour me demander ce genre de besogne. »

Sous un bruit assourdissant, la barrière vola en éclat et déclencha une pluie de flocons qui vinrent immaculer les parois de la grotte devenues blanches et lumineuses comme de la neige. Ashräm tomba à genoux et respira à grosses bouffées.

« * Ah... -halète- Tout ça pour ça... Tu aurais pu te manifester plus tôt si c'était ton intention dès le départ... * »

« Ce n'est pas à moi de faire le premier pas pour ce genre de choses. » s'exclama frénétiquement le galadrim avant de disparaître dans la même brume qui l'avait fait venir. Le von Arius se releva tant bien que mal avant de se retourner vers son ami.

« Poursuivons, il est tant de mettre un point final à cette histoire. »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Dim 24 Sep - 16:33
Carlyle Vangelis
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Le mur de glace s’était évaporé comme un fantôme laiteux soufflé par le mistral du soir. Il était difficile pour Carlyle de comprendre quelle magie avait failli avoir eu raison de son bras. Si les ennemis qui les attendaient étaient capables de telles prouesses, le combat qui s’en suivrait s’avérait prometteur. Toujours étalé par terre dans une position grotesque, sévèrement abasourdi par le spectacle offert par le thaumaturge, il essuya le restant de poudreuse qui commençait à fondre le long de son bras guéri par Lücian. La vapeur qui émanait du membre tantôt frigorifié le rassura au plus haut point, si bien qu’il se releva d’une traite en faisant jouer ses doigts engourdis autour du pommeau de sa lame immaculée. La déesse attendit quelques instants, telle une mère contemplant son enfant, avant de disparaître en une myriade de poussière dorées non sans avoir jeté un œil occulte à l’endroit où s’était dressé, quelques secondes plus tôt, le galadrim ténébreux. Le guerrier revigoré et le mage rassuré, il était temps de repartir afin de sauver les compagnons. Ashräm semblait subir de manière prolongée les effets de son sommeil, l’énergie requise pour annihiler un tel sort étant conséquente. Tout en passant le seuil du mur de glace volatilisé avec une grande appréhension quelque peu naïve, Carlyle finit par rejoindre son ami en un bond.

« Nos ennemis ne nous feront aucun cadeau. La magie est un domaine que je ne connais que trop peu Ahsräm… Je rage de me l’entendre dire mais… j’aurai certainement grand besoin de toi une fois l’affrontement venu, surtout si nos cibles manient la magie aussi bien que toi. De mon côté je ferai en sorte de ne pas trop être un fardeau pour toi. Je serai en première ligne quoi qu’il arrive, mais si tu perçois une ouverture qui nous garantirait la victoire, promets-le moi, ne te soucie pas que je sois dans la cohue. Frappe. »

Tout en tapotant l’épaule de l’homme au teint blême, Carlyle remonta le sinueux chemin au bout duquel il vit une lueur aveuglante. Sa peau fut caressée par le vent frissonnant du blizzard engouffré dans la brêche de la montagne. La qualité du ciel en extérieur ne pouvait être devinée d’où il était. Les deux hommes progressèrent jusqu’à la surface tels des anguilles obstruées par les algues. Accommodés à la noirceur abyssale du ventre de la montagne, les yeux clairs du guerrier furent transpercés par la clarté du jour : la tempête était arrivée à son terme. La fraîcheur de l’air était toujours présente bien que amoindrie par la présence de l’astre divin qui gratifiait de sa chaleur salutaire les terres cristallisées de Krÿst. Carlyle regarda autour de lui d’un mouvement circulaire frénétique. Rien. Les traces de l’armée semblaient converger dans l’infini du territoire des sang-frais, là d’où personne n’était revenu vivant. Pestant face à l’impuissance de leur quête, il tapa du poing sur la paroi de la montagne en accompagnant son coup par un hurlement digne d’un fou à lier. Les couches de neige se mirent à cheoir sur le sol en un bruit sourd et le craquèlement du givre provoqua une fissure intense qui s’arrêta subitement comme si le temps avait cessé de s’écouler. Immobile, Carlyle montra du doigt un détail qu’il n’avait pas vu lors de sa sortie. Ses yeux, agressés par la lumière, n’avaient pu entrevoir la première fois ses deux silhouettes noires contrastant avec la radiance émise par le soleil. Postées sur un terrain plane et dépourvu de cavités, les deux entités, à première vue silmérianes, scrutaient les deux hommes postés en hauteur. Après avoir repris son calme, le guerrier se retourna vers Ashräm et lui fit comprendre en un seul regard ce qu’il savait déjà : « Les voilà. »

Après une descente abrupte parsemée de poudreuse et de rochers congelés par les nuits noires, ils arrivèrent à une trentaine de mètres des deux ennemis. Sans être un stratège de génie, Carlyle sut pertinemment en cet instant qu’une embuscade se profilait en leur encontre. Malgré le champ de gel dégagé, il ignorait tout de l’insidieux esprit des sang-frais et de leurs capacités physiques. Avec son regard de jade perçant, il scruta les deux entités qui finirent par se révéler clairement par l’intermédiaire d’un nuage couvrant le soleil, rendant l’horizon plus visible. Il s’agissait bien évidemment de deux sang-frais, mystérieux et froids comme la mort. L’individu situé à gauche chevauchait un tigre de gel avec prestance. La bête, totalement soumise, ne manifestait aucune once de rébellion ni même de désapprobation envers son maître qui affichait un visage stoïque traversé par un rictus mélangeant austérité et retenue, qui rappelait au jeune guerrier l’image de certains silmérians sanguinaires, dont il faisait partie dans ses pires périodes. Pourvu d’une armure légère laissant entrevoir ses côtes gelées et les lambeaux de sa chair maudite, le sang-frais tenait dans sa main gauche une hache ridiculement énorme et brillante d’une centaine de kilos, et dans l’autre une arbalète de fer aux allures de grappin terrifiant : c’était un guerrier redoutable. Sa mâchoire disloquée pendait de manière grotesque au gré du vent. Seuls ses yeux montraient une once de vie, avec cette lueur bleue cadavérique caractéristique.
Le deuxième sang-frais, plus grand que son acolyte mais également plus maigre, semblait jauger les deux silmérians de ces yeux spectraux. Assis sur le sol, les jambes croisées et les pieds nus, il se releva dans un craquement glaçant laissant ainsi contempler son corps blafard et famélique couvert d’une cape noire en haillons. Cette dernière était tapissée de plusieurs bijoux étranges et de morceaux d’os. Ses cheveux gris, semblables à d’interminables toiles d’araignées désordonnées, lui allaient jusque dans le bas du dos. Avec son sourire affable cachant sans aucun doute une perversité et une cruauté sans bornes, il sortit violemment de sa chair une courte lance transparente aux éclats bleutés pourvue d’un manche. Un râle saccadé et graveleux sortit de sa bouche immonde. Alors que le ciel se couvrait progressivement, le grand sang-frais aux cheveux longs parla à son acolyte dans une langue indescriptible et terrifiante. L’imposant guerrier à la mâchoire pendante se retourna pour prendre d’une main deux corps entortillés dans des chaînes pointues qu’il jeta au sol avec indifférence. Le tigre de gel laissa échapper un grognement en voyant apparaître sous sa gueule tel un plateau d’argent deux silmérians bien vivants. Malgré la distance, Carlyle reconnut l’uniforme de Gardien du premier homme, mais surtout la voix du deuxième. La main sur son pommeau tout en grinçant des dents, il laissa échapper un juron de colère face à la dure réalité.

« Dainver ! »

Le silence devint insoutenable. Carlyle s’avança de quelques pas pour prendre contact en essayant de réprimer son envie de carnage. Mais avant de faire face aux deux êtres maudits, il prit le temps d’adresser à Ashräm quelques mots, peut-être les derniers.

« J’ai l’impression d’être face à un miroir. Ces deux généraux n’ont pas été envoyés par Azalem au hasard. Un guerrier et un mage… il savait que nous serions là. Le principal de leur armée est déjà sûrement rentrée. J’avais vu juste, et toi de même… tout ça n’était qu’un piège finement orchestré. Tout le long du trajet je me suis demandé pourquoi ils avaient pris des otages. Nous étions les proies, depuis le début… »

Carlyle regarda le mage dans le creux des yeux pour sentir son approbation face à la situation : les deux otages restants ne pouvaient être sauvés. Alors que la discussion se terminait, le sang-frais supérieur à la hache ordonna à sa monture d’avancer en direction de Dainver, tandis que l’autre abomination à la lance gelée s’avança vers le gardien. En une fraction de seconde, l’un fut déchiqueté par les crocs du tigre, tandis que l’autre n’eut même pas le temps de sentir sa tête se décoller de son cou. Le vent se leva. Le regard fixe et dénué d’émotions, Carlyle contempla le flot de sang ininterrompu inonder les cristaux de neige. La vapeur émise par la fonte du gel s’étendit comme la colère du guerrier, qui hurla avant de courir éperdument vers ses opposants. Alors qu’il était proche des deux bourreaux, des mains gelées et hasardeuses sortirent du sol. Une dizaine de sang-frais s’extirpèrent de la poudreuse afin de le maîtriser. Entouré, Carlyle prit Béliade et la fit tournoyer dans un bruit assourdissant. Chaque corps fut balayé et désarticulé comme une poupée de bois que l’on aurait maltraité. Bouillonnant, il finit sa course en empalant le tigre de gel sans se soucier du maître, ni du mage occulte situé à côté. Le jeune prince avait vu juste : chacun avait un adversaire attitré. Alors que la bête hurlait de douleur, Carlyle tomba en glissant dans une pente imprévue. Désarmé par le choc, il vit sa puissante lame plantée dans le sol à une vingtaine de mètres de lui. Avec prudence, il localisa l’ennemi et songea au meilleur moyen de combattre l’imposant combattant dont la monture était encore en vie, par un miracle rageant. Les tempes bourdonnantes et le pouls rapide, il se releva avec délicatesse accompagné d’un craquement sourd, reconnaissable entre mille. Après avoir fermé les yeux en signe de prière désespérée, il les rouvrit afin de constater la gravité de la situation. Les deux combattants se trouvaient sur un lac gelé entouré de brume dont la solidité était douteuse. En cherchant son équilibre, Carlyle dégaina Daïnslef et défia du regard le sang-frais sanguinaire qui expira un rire immonde tout en intimant à sa monture de s’avancer.

« Je vais te crever, abomination. »

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Lun 2 Oct - 21:46
Ashräm von Arius
Âme vagabonde
BlasonAge - 26 ans.
Guilde - Givrécho.
Rang - Vasär.
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Rang C : 0. Rang D : 0.
La vision des deux hommes qui moururent déchiquetés et tranchés se déroula de la manière la plus lente possible aux yeux d'Ashräm. Prisonnier de son corps, son esprit ne put que contempler les âmes de ces deux vaillants guerriers quitter leur enveloppe charnelle pour rejoindre l'au-delà. Un écho du passé eut le temps d'apparaître devant son regard, montrant un camarade heureux d'apprendre à ses compères les fiançailles avec sa dulcinée, organisant une modeste fête dans la taverne de Méphystö. Il ne rentrera jamais, il ne la reverra jamais.

Carlyle, qui réalisa la scène sûrement beaucoup plus vite que le mage, hurla de fureur à s'en arracher les poumons avant de se précipiter sur ses ennemis, fidèle à son tempérament. À la suite d'une brève joute, il disparut avec le sang-frais guerrier derrière une pente menant au lac gelé. Le deuxième commandant n'avait pas bougé durant l'attaque et se contentait de fixer sa proie, qu'il avait déjà décidé de tuer depuis bien longtemps.

* Ils sont tous morts. Il ne reste plus que vous... Et eux. *

Depuis le début de cette expédition, Ashräm n'avait de cesse de laisser ses émotions prendre le dessus ; mais c'est pourtant avec un calme déconcertant qu'il pris en main la suite des événements.

« Tu as raison. Ils sont tous morts. Sur cette terre désolée d'où aucun être humain n'est jamais revenu en vie, il ne reste que deux êtres, face-à-face avec les démons. Il n'y a plus de mission. Il n'y a plus de piège. Il n'y a plus poursuite. Il ne reste que le combat. Et crois-moi Énuma, celui-ci sera le plus violent et le plus sanglant qu'Azalem n'a jamais connu. Je ne sais pas combien de sang-frais d'un tel grade il détient à ses ordres, mais jamais il ne reverra ces deux-là. Jamais. »

Les quelques rébus de sang-frais que le guerrier n'avait pas achevé se ruèrent sur le von Arius suite à un signe de leur maître. Il attrapa l'un de ses bâtons accrochés à son dos et désigna avec celui-ci le sol recouvert de neige. Des épieux givrés géants sortirent en trombe du sol et déchiquetèrent en une ruée sans modération chaque sang-frais sur son passage. Énuma fit son apparition dans une voile de ténèbres qui se dissipa et toucha l'épaule de son hôte avec un contact bref du bout de ses doigts vieillis et décharnés. De ce simple geste il remplit entièrement la réserve magique de son hôte, à défaut de pouvoir lui rendre sa force physique ; et se plaça derrière lui, prêt à commencer le combat.

La créature désincarnée au cheveux argents n'avait toujours pas bougé et semblait se délecter de voir ses sous-fifres s'être fait décimés. Ses yeux émettant la lueur d'un saphir éclatant étaient rivés avec grand intérêt sur le mage.

* Je sens la présence de quelqu'un d'autre derrière ce regard. Azalem suit certainement avec attention les événements. Il ne va pas être déçu. *

Armé mentalement, Ashräm se mit à courir sur le sang-frais, Énuma le suivant en lévitation derrière lui. Près des cadavres de leurs compagnons, il ramassa la rapière de son compère Gardien et continua sa course. Arrivé à quelques pas du monstre qui n'avait toujours pas bougé, il se propulsa instantanément en l'air à l'aide d'un bloc de glace qui sortit miraculeusement du sol et engagea une descente en piqué, lame en avant, cette dernière voyant son poids démultiplié par le pouvoir de la gravité afin de retomber violemment avec précision, force et vitesse. Le galadrim explosa le bloc de glace durant sa course pour aveugler temporairement la cible avec les éclats et morceaux gelés qui résultèrent de l'action.

Le puissant ennemi, guère impressionné par cette offensive se décida à se mouvoir et poussa un cri strident accompagné d'une vague glaciale qui força l'être de lumière à reculer et qui fit lâcher prise à Ashräm, propulsé par cette déferlante. La rapière se planta dans la neige, juste à côté du mort-vivant. De nouveaux sbires firent leur apparition, comme en réponse à ce hurlement. Toujours porté par l'adrénaline du précédent assaut, le mage se rattrapa de sa chute et renouvela sa ruée en éliminant les sang-frais uns à uns avec des éclairs foudroyants tandis qu'Énuma détruisait ceux hors de portée.

Arrivé à la hauteur du commandant, le Gardien glissa jusqu'à lui pour atteindre le pommeau de l'arme afin d'y agripper de la main gauche et fit jaillir la foudre pourpre de la droite pour transpercer l'ennemi. Ce dernier paraissant encaisser l'attaque disparût dans une brume glaciale et réapparut au-dessus en écrasant le mage de sa chute. Il saisit avec force sa lance et d'un voltigement perfora le bras mécanique qu'Ashräm utilisa désespérément comme bouclier, qui fut tout de même traversé avant d'embrocher son épaule. Ce n'était pas si profond mais c'est comme si le grand froid pénétrait à l'intérieur du corps du blessé et paralysait ses muscles en ralentissant l'écoulement de son sang.

« Argh !... Ce n'est pas fini ! »

Énuma surgit d'un volte-face et expulsa le commandant qui valsa dans les airs avant de retomber lourdement sur le sol. Ashräm en profita pour se relever rapidement et retira la lance de sa blessure. Il l'explosa en mille morceaux tandis qu'une partie resta coincée dans les mécanismes de sa prothèse. Le sang-frais avait de nouveau disparût, comme volatilisé après sa chute.

* Je peux repérer l'endroit où il va apparaître, j'ai l'impression qu'il utilise simplement la neige pour donner l'impression qu'il se téléporte. Il ne fait que devenir invisible. *

* Compris ! Cependant il doit bien se repérer à quelque chose non ? Vu l'état de son corps, je ne suis pas sur que son sens de la vue soit encore en état de fonctionner, il doit ressentir mon flux cosmique. *

* Tu peux te servir de cette information pour le tromper ! *

Pressé, il planta l'un de ses bâtons dans le sol, sauta de quelques pas et lança le deuxième plus loin dans la neige.

* Je les ai chargé d'énergie, avec toi et moi, cela fait quatre sources possible qu'il peut détecter. Cela ne le trompera peut-être qu'une fois, mais voilà ma chance. *

Sans dire un mot le galadrim rejoignit une position près d'un arbre et concentra ses sens à la recherche de l'ennemi. Une sueur froide commençait à couler le long de la joue d'Ashräm, de plus en plus inquiet de pouvoir sans sortir sans trop de dommages. Après un calme déconcertant, le galadrim annonça furtivement et avec rapidité qu'il serait la cible de l'attaque, non pas avec un mot mais avec une pensée qui ne s'exprimait pas avec le temps. Le mage, ainsi prévenu instantanément put réagir immédiatement et déclencha un foudroiement à la puissance fabuleuse. Le sang-frais, sûr de toucher sa cible réapparut mais eu la surprise de voir disparaître le galadrim de ce plan mortel et ne pulvérisa que la végétation et le décor, les transformant en poussière de diamants givrés. Le tonnerre quasiment instantané déchira le bras gauche de la créature avant qu'elle ne puisse en entendre le son. Celle-ci se rattrapa en posant genoux à terre et poussa un hurlement à réveiller les morts de tout Cranä.

* Ça a fonctionné ! *

* Ne te réjouis pas trop vite. *

Ashräm se demandait comment son corps délabré pouvait le maintenir debout. Il était sûrement possible d'abîmer sa carcasse suffisamment pour l'empêcher de bouger à défaut de pouvoir le tuer. Privé d'un de ses bras, son maniement de la magie avait beaucoup diminué. L'expression du revenant semblait indiquer le contraire ; car il se releva et d'une voix glaciale prononça une incantation dont la signification était complètement inconnu au Gardien. Des pics et des lances de glace jaillirent du sol et lévitèrent autour de son utilisateur. Il y en avait une centaine au bas mot et toutes semblaient bien acérées au point de pouvoir transpercer le métal.

Énuma refit son apparition, cette fois devant Ashräm et utilisa son essence élémentaire pour créer des compositions ténébreuses à son image. Ces similis brumeux, qui n'appartiennent pas au monde physique sont des simulacres du galadrim, mais spécialisés dans la défense magique. Le mort-vivant, certainement pas impressionné par cette technique envoya sans attendre ses armes fondre sur son ennemi comme une pluie de tempête. Les ombres d'Énuma s'interposèrent pour intercepter les dégâts. Le maniement des ténèbres du galadrim était impressionnant car chacune de ses créations avait tenu le choc en n'en ressortait qu'avec très peu de dégâts.

* Il est temps de donner l'assaut final ! *

Les deux compagnons se jetèrent sur le commandant immédiatement après, ne lui laissant aucun répit. Ashräm agrippa sa lame à deux mains et l'enfonça dans le thorax du désincarné en multipliant son poids afin de percer sa carapace de chair. Un son violent se fit soudain entendre, celui de la foudre qui s'abattait sur l'arme, désintégrant instantanément l'ennemi qui se trouvait en dessous. Du moins en apparence puisque celui-ci réapparut derrière le prince en sortant de la neige épaisse au sol et transperçant ce dernier avec une lance de glace sur le côté de son dos, pensant que sa feinte avait fonctionné. Après un râle de douleur et une concentration infinie pour maintenir le cadavre réanimé à sa position ; Énuma tenta de l'agripper mais fut repoussé par le sang-frais qui poussa un cri de surprise. Cela n'empêcha pas la divinité de poursuivre qui attrapa le poignet de sa victime avant de l'exploser par la pression. Surpris par tant de force, le commandant ne put empêcher Énuma de le soulever alors qu'il l'enserrait à la gorge avant d'aspirer complètement son énergie vitale.

Ashräm cracha du sang qui vint faire fondre la neige devant lui avant de retirer l'énorme épieu qu'il avait dans les côtes. Il se retourna vers sa divinité qui lâcha la proie qu'il tenait. N'en ayant pas fini avec lui, le mage embrocha le cadavre avec des épieux de glace avant de désintégrer complètement son corps à l'aide de la foudre violette.

« Argh !... Vider son énergie, pourquoi je n'y avais pas pensé. Humpf... Cela a certainement suffi pour couper son lien avec Azalem... »

* Dépêche-toi, il faut vite rejoindre ton ami. *

« Tu as raison... »

Après un halètement, il passa la main sur ses blessures pour geler les plaies et arrêter temporairement le saignement. Énuma ramassa les bâtons d'Ashräm et lui tendit pour l'aider à marcher jusqu'au lac.

* Il va le battre j'en suis sur, mais je dois au moins empêcher le lac de s'effondrer sous leurs pieds... *

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MessageSujet: Re: Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle] Ven 20 Oct - 17:24
Carlyle Vangelis
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La brume s’était installée lentement sur le lac de cristal. Inquiet de ce qui pouvait advenir de l’autre côté de la petite colline saupoudrée de neige, là où était Ashräm, Carlyle inspira une grande bouffée d’air glacé afin de réveiller ses sens pour l’assaut du sang-frais. La provocation précédente du guerrier avait eu raison de l’orgueil du combattant à la mâchoire désarticulée, qui donna l’ordre à sa monture carnassière de charger instamment. Sans vergogne, le tigre de gel décolla du sol en lacérant la surface du lac de ses griffes effilées. En observant la progression de la créature, Carlyle remarqua qu’aucune perturbation ne survenait contre la paroi gelée, comme si la monture et son maître étaient dispensés des lois physiques. Il comprit rapidement la raison d’un tel phénomène.

* Encore une forme de magie occulte. Ces foutues créatures ont l’air d’être enchantées afin de pouvoir se mouvoir facilement dans les environnements gelés. La glace est leur élément… j’espère qu’Ashräm s’en sort. *

* Reste concentré sur ton combat, c’est un mage, il saura quoi faire. *

L’impact allait être violent. De plus en plus rapide, le tigre arriva à portée du guerrier. Des runes scintillèrent sur la lame familiale en un son strident. Carlyle s'élança d’un bond vers la monture tout en priant de ne pas sombrer dans les profondeurs du lac mortifère. De pas en pas, les fissures accompagnèrent le combattant jusqu’au point d’impact. Le premier contact fut violent et désordonné, le guerrier étant plus inquiet de ce qui se passait en dessous que devant lui. Désavantagé avec sa lame de taille moyenne face au monstre métallique du soldat désincarné, Carlyle dut jouer sur plusieurs fronts. Il ne put tenir longtemps les assauts répétés du tigre, du sang-frais, ainsi que maintenir sa concentration pour ne pas craqueler la surface. Par la pensée, il fit virevolter sa lame pour contrer les attaques du sang-frais afin d’avoir ses deux mains disponibles. Plus à l’aise, il usa de sa puissance physique héritée des Zörgiens pour asséner deux coups au tigre, qui gémit de douleur et vit des étoiles pendant quelques secondes après avoir perdu ses deux canines supérieures. Il se décala alors pour tenter de désarçonner le maître par la jambe. Il ne fit qu’effleurer les os congelés et les haillons du soldat décharné avant que ce dernier n’en profite pour le frapper violemment à la mâchoire. Le coup, qui aurait dû tuer un silmérian normalement constitué, fit jaillir de la bouche du mercenaire une giclée de sang et de salive. Après cela, avec un sourire sardonique, le sang-frais envoya le guerrier désorienté à quelques mètres d'un revers du poing tout aussi violent. La lame étincelante, jusque-là vaillante et emprunte d’une célérité surnaturelle, tomba subitement dans une léthargie. Elle s’écrasa contre le sol gelé, inerte, à l’image d’une statue de pierre qu’on aurait renversée. Cette inanimation ne manqua pas d’exalter le sang-frais qui éjecta cette dernière du pied pour la faire glisser au loin. La perte d’indépendance et de vie de la lame ne signifiait qu’une chose : son propriétaire était inconscient. Gisant sur le sol, Carlyle fut réveillé par une voix familière. Un filet de sang et de bave s’échappa de sa bouche alors qu’il massait machinalement sa mâchoire légèrement tuméfiée par les coups titanesques de l’ennemi. Les cheveux désordonnés et baignés de sang, il prit un peu de neige afin de soulager son crâne encore bouillonnant. Après avoir craché le reste d’humeur visqueuse logée entre ses dents, il tendit la main pour appeler Daïnslef. Celle-ci se mit à gesticuler frénétiquement avant de revenir dans les mains de son maître en vibrant, comme pour montrer son soulagement. À une vingtaine de mètres, l’ennemi se prépara pour le second assaut. Carlyle inspira une seconde fois et s’étira le haut du corps.

* Sans ta résistance naturelle liée à l’élément tellurique tu serais mort tu en es conscient ? Tu comptes toujours terminer ce combat seul ou tu vas enfin daigner faire appel à moi ? Ce n’est pas une honte tu sais, de demander de l’aide à une divinité. *

Le guerrier sourit franchement, laissant voir ses dents incrustées de sang.

« Je suis un peu lent à la détente tu le sais bien ! Quand j’aurai perdu quelques litres de sang et quelques dents je reconsidérerai ton offre ! »

À peine cet échange verbal caustique terminé, Carlyle dut faire front à une nouvelle charge de l’ennemi. Riche de son dernier échange, il était évident qu’il allait profiter de ce second contact pour couper court à l’affrontement. Il s'élança de nouveau avec la même précaution qu’auparavant. Tout en esquivant le coup de hache du sang-frais, létal mais bien trop lent contre un guerrier expérimenté, il se laissa glisser subitement sur le dos sous le ventre du maudit fauve après avoir contré de sa lame ses griffes impardonnables. Passé derrière l’ennemi, il resta sur le dos la tête posée contre la paroi humide, le dos raflé par quelques protubérances pointues. Le choc avait laissé des traces. Le silence de cathédral était enfin interrompu par des craquements sourds inquiétants en provenance du fond aquatique. Ne souhaitant pas la baignade, Carlyle resta dans sa position afin d’observer la scène qui allait se dérouler sous ses yeux. Ivre de carnage, le sang-frais se retourna vers le silmérian en tabassant du pied sa monture quelque peu perturbée. Alors que cette dernière gesticulait en grognant, les yeux livides du squelette se posèrent nonchalamment sur la surface du lac où il se tenait. Fissurée, elle était sur le point de rompre. Ce dernier émit un râle mêlant amusement et déconcertation tout en tirant sur les rênes de son tigre pour reprendre la charge, se sachant immunisé contre les lois physiques régissant la glace. Il fut interrompu par un sifflement.

« Hey mon gros, tu crois que je me serais fait chier à esquiver sans te laisser un cadeau ? »

Carlyle montra sa main droite, empoignant une lame de secours qu’il tapa contre le sol. Alors que le soldat maudit remarquait la fissure creusée par le guerrier depuis le point d’impact, le tigre de gel se mit à régurgiter une bouillie infâme composée de son précédent repas ainsi que d’autres composants baignés de glace. Le ventre de la bête s’ouvrit en deux sous le regard arrogant de l’exécuteur de l’ouvrage. Expirant son dernier souffle, le destrier de Krÿst tomba sur la paroi fragilisée, favorisant ainsi l’apparition d’autres fissures. Le sang-frais descendit du tigre d’un pas étonnamment léger. Il fit jouer sa hache énorme entre ses mains en parlant d’un air graveleux et incompréhensible.

* Je crois qu’il t’en veux. *

Les fissures étaient si nombreuses, qu’une fois rassemblées, celles-ci dessinaient la forme d’une immense toile de Jörtule au milieu de laquelle un insecte était pris au piège. Détendu, l’ennemi se mit à marcher de tout son poids sans faire craqueler la moindre parcelle de glace. Toutefois, il sentit dans sa marche lente un poids énorme sur ses jambes faméliques. Une énorme chaîne était attachée à sa jambe droite. Carlyle se releva lentement tout en toisant son adversaire de ses yeux brillants. Avec un sourire, il regarda le sol et leva le bras droit. Il brisa méticuleusement la glace d’où il était d’un geste brusque et puissant. La réaction en chaîne ne se fit pas attendre, et la toile se referma alors sur la proie. Le lac ouvrit sa gueule béante pour laisser le sang-frais s’y engouffrer avec un râle furieux. L’eau cristalline se déversa sur la surface. Carlyle put voir alors l’assassin de Dainver prit dans le piège de glace se débattre pour briser la surface. Handicapé par la lourdeur du fer accroché à sa jambe droite, ce dernier sombra dans le ventre abyssal du lac noir sans expirer aucune bulle d’air, phénomène symbolique de sa condition de mort-vivant. Carlyle recula lentement et mit une minute avant d’atteindre un pan du lac épargné par les dégâts. Alors qu’il ruminait la mort de son jeune acolyte mercenaire, il se dirigea d’un pas consciencieux vers Béliade, qui était restée plantée dans la glace tout le long du combat. Il perçut les fracas des éclairs résonner derrière le vallon enneigé.

« Ahsräm est en plein combat. Cet autre sang-frais m’avait l’air terrible, je dois me dépêcher. »

La tête encore endommagée par ce combat, Carlyle finit par se trouver à portée de son énorme lame. Il l’empoigna avec délectation et la rengaina dans son dos, non sans pester contre son absence remarquée. C’était une chose que Lücian avait encore du mal à assimiler mais dont elle avait l’habitude. Les armes d’un guerrier étaient vivantes et faisaient partie intégrante de lui-même ; leur parler était par conséquent naturel. Le mercenaire se dirigea vers la petite colline prestement en regardant derrière lui avant de remonter la pente. Il vit la brume s’évaporer, comme le signe qu’un danger avait disparu. Le froid avait fini par recouvrir l’ouverture du tombeau de l’ennemi.

« Il va s’ennuyer le bougre au fond de l’eau ! »

Monter la colline s’avérait plus difficile qu’il n’y paraissait, surtout avec les jambes flageolantes et engourdies par le froid. Le bruit du combat qui faisait rage dans la plaine enneigée se rapprocha. Il arriva enfin au bord du précipice. Même s’il ne voyait rien, les lumières engendrées par la magie fluctuante des deux mages jaillissaient dans le ciel. Déterminé à prendre sournoisement l’ennemi par surprise pour aider son ami à en finir, Carlyle plongea dans une transe pour trouver un animal dans les parages capable de le renseigner sur la situation sans se faire voir. Les secondes filèrent. Rien.

* Bon sang pas moyen de trouver une saleté d’oiseau ou de rampant dans cette région de merde ! *

* La discrétion n’a jamais été ta spécialité de toute façon. Tu ferais mieux de toi-même te métamorphoser non ? *

* Pour arriver derrière l’ennemi sous la forme d’un rat et me faire écraser par un bloc de glace ? Vous en avez d’autres des bonnes idées ma chère ? L’idée est de ne pas gêner Ahsräm tout en évitant de me faire tuer ! *

Lassé d’attendre, Carlyle se releva et dégaina Béliade. Son crâne se mit alors à lui asséner des douleurs affreuses. Il mit sa main gauche sur sa blessure subie tantôt et sentit une texture gelée et dure munie de protubérances. Après une fraction de secondes il comprit. Des doigts en os. Rejeté en arrière violemment, il laissa échapper un hurlement et fut projeté de nouveau en bas du vallon. Il atterrit avec fracas sur la surface du lac, occasionnant des centaines de fissures. Immobilisé par le choc et la surprise, il vit le sang-frais se diriger vers lui. Rampant sur le sol de manière grotesque en s’aidant de ses deux bras et de sa jambe gauche, il s’était arraché la jambe droite pour se libérer de la chaîne et remonter à la surface. Dégoulinant d’une eau glacée, il sauta sur Carlyle et le fit sombrer dans le lac en brisant la couche qui ne tenait quasiment plus. Alors qu’il semblait vouloir se sacrifier pour tuer son adversaire, le sang-frais remonta rapidement sur le rebord et asséna au guerrier un violent coup au torse. Suffocant, Carlyle s’enfonça sous les eaux. L’insidieux squelette usa du peu de magie qu’il connaissait pour condamner sa victime. Il ouvrit sa gueule grotesque et laissa échapper d’un râle glaçant une vapeur bleue qui scella l’ouverture. Pris au piège et perdant peu à peu connaissance, Carlyle descendit dans les profondeurs du lac. Une lumière se mit alors à briller dans l’obscurité. Tel un esprit grandiose, Lücian apparut, géante et munie de ses ailes, accompagnée d’une mélodie d’échos. Elle prit dans sa main le corps de son hôte et dégaina de l’autre son épée divine. D’un arc de cercle, elle fendit comme du beurre la couche de glace d’un rayon de lumière. Ce dernier continua sa course jusqu’aux cieux non sans avoir au passage coupé en deux le corps du sang-frais. Remontée à la surface en lévitation, elle mit avec douceur ses pieds nus sur la glace en train de fondre sous la chaleur de son aura, et déposa avec moins de délicatesse son hôte qui finit par se réveiller en crachant une rasade d’eau gelée. Elle le regarda d’un air soucieux et satisfait, puis disparut en milliers de poussières dorées.

Réchauffé par sa déesse, Carlyle remit en ordre ses esprits et se dirigea rapidement vers le sang-frais désarticulé. Désintégré par la vague de lumière, il ne lui restait plus que sa tête, encore illuminée par deux yeux d’un bleu pâle. Plus bavard que jamais, il susurrait dans sa langue ce qui semblait être des immondices envers son rival silmérian. La puissance d’un tel sang-frais supérieur était déconcertante. Contrairement aux autres pions jetables d’Azalem, ceux-là pouvaient vivre tant qu’ils n’étaient pas totalement détruits. Carlyle l’avait appris à ses dépens. Il saisit par conséquent la tête du forcené entre ses mains tremblantes. Ce dernier hurla d’un son strident avant de se faire exploser le crâne en mille morceaux. Il ne restait alors que la mâchoire inférieure du démon des glaces dans les mains du guerrier, qu’il garda un moment comme un trophée. Après avoir savouré sa victoire, il jeta comme un déchet sans importance le gros morceau d’os et se retourna pour voir la silhouette de son ami qui semblait également en avoir terminé avec sa némésis, non sans avoir subi quelques blessures. Il le regarda d’un air nonchalant, en pensant à leur quête vouée à l’échec, et sourit chaleureusement.

« Pile à l’heure Ashräm. On rentre ? J’ai faim et j’ai mal partout ! »
Réminiscences au pays des glaces. [PV Carlyle]Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
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