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Une Dame tombée du ciel [PV Carlyle]
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MessageSujet: Une Dame tombée du ciel [PV Carlyle] Jeu 1 Déc - 18:18
Nessa Daëron
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Mortefeuille, An 158 ~ seigneurie de Daëron et Agharta


Nessa fixait l’âtre dans lequel se consumaient les dernières bûches qui avaient été déposées plus tôt dans la soirée. La lueur rougeoyante des tisons s’affaiblissait peu à peu ; bientôt la silhouette hiératique de la Dame de Daerön disparaîtrait dans l’obscurité nocturne. Immobile depuis des heures, les coudes posés sur les montants de son fauteuil de chêne, les mains soutenant son menton, les paupières fermées, Nessa ressemblait à une statue de chair oubliée auprès de la grande cheminée  du manoir ancestral.

* Tu devrais te mettre au lit.*


Que le galadrim sorte de sa prétendue méditation pour lui conseiller de se reposer avait quelque chose de délicieusement ironique. Les lèvres de la jeune femme s’ourlèrent en un sourire sarcastique.

* Je réfléchis* C’était peu ou prou la réponse type que lui servait Sälsha lorsqu’elle le secouait parfois, lui reprochant son indolence.

* Non. Ta décision est déjà prise. Tu pars demain.*

Il avait gagné. D’un mouvement las elle bougea ses bras ankylosés par l’immobilité et s’appuya sur les accoudoirs pour se lever. Sa charge lui pesait bien plus qu’elle ne l’avait imaginé. C’était une de ces soirées où elle aurait aimé que l’Ërendyl choisisse une toute autre personne qu’elle pour diriger le domaine. Son père, par exemple. Un homme brave, intelligent, bon gestionnaire, soucieux des habitants du village. Depuis qu’elle était devenue l’hôte de Sälsha leur relation s’était modifiée. Il n’agissait plus en père mais en régisseur et l’appelait Ma Dame en public comme en privé, alors que quelques mois plus tôt il la hélait par son prénom. Ils n’avaient jamais été très proches, mais la distance instaurée par la tradition et la déception de n’avoir pas été choisi par le galadrim – aucun doute qu’il avait espéré jusqu’à la fin- compliquait singulièrement la vie de la Dame de Daëron. Elle avait l’impression que sa famille lui battait froid depuis ce moment là. Dès qu’elle rentrait dans une pièce, les rires cessaient ; dès qu’elle la quittait, elle entendait des murmures dans son dos. Parfois, elle aurait bien eu envie de se retourner pour lancer une pique acerbe. Mais elle se contenait : se fâcher avec eux ne pouvait que ternir l’avenir de la seigneurie qui avait déjà bien assez de problèmes.

Entrant dans la chambre seigneuriale une bougie à la main, elle remarqua que le feu n’avait pas été allumé de la soirée. Pire, son lit n’avait même pas été bassiné. Fermant soigneusement les tentures du baldaquin pour conserver le peu de chaleur que son corps produira, elle se déshabilla puis se glissa en frissonnant dans les draps gelés, s’enroulant dans une couverture.

*Tu aurais peut-être mieux fait de rester au coin du feu* constata finalement Sälsha d’un ton indifférent.




Nessa se leva du mauvais pied le lendemain matin. Et pour cause : le dallage était particulièrement froid en cette matinée d'automne. Elle n’était vraiment pas belle à voir : la chevelure hirsute de s’être tournée et retournée sans trouver de position confortable pour s’endormir, les yeux cernés et la goutte au nez. Personne ne demanda à Madame ce qui valait ce brusque accès de mauvaise humeur. De toute façon aux yeux de la maisonnée elle n’était une chasseresse, une sauvage qui ne méritait pas son héritage, comment pouvait-elle être aimable ? Après avoir avalé un solide petit-déjeuner en tenue de vol et dit brièvement à sa mère qu’elle partait à Agharta pour affaires sans donner de date de retour, elle s’élança vers l’extérieur.

Nessa éprouva la sensation d’avoir été libérée une fois les murs du manoir derrière elle. Le grand air, les vastes espaces… Comme cela lui manquait ! Elle émit un long sifflement, scrutant le ciel et la plaine autour d’elle. Völonis ne devait pas être bien loin. Il arrivait justement, galopant en bondissant comme un poulain, visiblement très heureux de retrouver sa grande amie qui lui avait tant manqué. Sale comme un pou, il s’était roulé dans la terre pour se gratter. Sa maîtresse le morigéna gentiment en lui frottant le poil et les plumes avec des herbes dures pour le rendre présentable. Une fois beau et bouchonné, sellé pour ce qui semblait être une longue promenade comme ils en faisaient trop rarement, l’hippogriffe claqua du bec avec impatience. Prenant de la vitesse au galop, l’animal étendit ses ailes et décolla pour rejoindre un courant d’air ascendant en direction du Nord-Est.

Il s’attendait à un survol du domaine en basse altitude mais Nessa pressa ses mollets contre ses flancs pour l’encourager à aller plus haut. Völonis glatit puis il donna de puissants coups d’ailes pour atteindre une hauteur vertigineuse. Le voyage fut relativement rapide et sans encombre, la Dame et sa monture atteignant le lac Algöl sans une seule escale. Ce n’était pas leur première visite et l’hippogriffe avait déjà créé la sensation dans la capitale lors de ses précédents passages, suscitant à la fois l’admiration par son excentricité et la peur par son attitude agressive. Elle espérait que cette visite en terre étrangère se déroule différemment maintenant qu’il connaissait un peu mieux les lieux et qu’il n’était plus impressionné par la foule.

La Dame intima l'ordre à sa monture d’amorcer sa descente vers leur lieu d’atterrissage habituel situé un peu en dehors d'Agharta. Heureux de prouver sa virtuosité, l’animal bascula tête en bas et fonça vers le sol, les ailes collées à ses flancs. La tête enfouie dans les plumes de son animal totem, Nessa ne se doutait pas qu’il avait changé leur plan de vol. Völonis redressa sa chute libre à courte distance du sol en déployant d’un coup ses ailes, puis ses sabots touchèrent le pavé et enfin il trotta quelques foulées sur la place.

Il va sans dire que la manœuvre captiva les citadins qui vaquaient à leurs occupations devant l’entrée du château. Des têtes étaient apparues aux fenêtres du palais. Certains spectateurs craignaient que Völonis ne s’écrase au sol, d’autres prirent peur de la taille de l’animal. Quelques badauds rouspétèrent du sans-gêne de sa cavalière qui venait atterrir presque sur leur tête. Très fier d’être l’objet de tous les regards, l’hippogriffe relevait ses pattes de façon exagérée à chacun de ses pas en toisant son public d’un air altier.

Juchée sur l’étalon qui fanfaronnait, Nessa, rouge d'embarras, avait peine à réaliser ce qu’elle faisait en pleine ville. Au contraire elle aurait voulu se faire remarquer le moins possible et transiter paisiblement au pas à travers les différents quartiers pour parvenir à la guilde et non apparaître comme une menace au-dessus de la tête du palais royal.

*Gros pigeon stupide.*

La Dame de Daëron acquiesça mentalement. Elle fronça les sourcils en regardant autour d’elle ; la garde n’allait pas tarder à venir et il lui faudrait fournir quelques explications. Elle voyait déjà quelques hommes d'armes ça et là qui approchaient au pas de course. Sa plus grosse crainte concernait la sécurité de l'hippogriffe qui représentait une menace aux yeux de n'importe quel silmérian. La fuite n'était plus une option: une volée de flèches pourrait les atteindre facilement lors de leur ascension vers les cieux et Nessa n'avait aucune envie de mourir un trait dans le dos. Elle espérait se montrer convaincante auprès d'un officier pour éviter de passer la nuit dans un cul-de-basse-fosse.  

* Ce n’est vraiment pas ton jour.*
 constata Sälsha d’un ton enjoué. Parfaitement éveillé et prêt à défendre l’héritière de Daëron au besoin, il semblait savourer la situation comme s’il assistait à une représentation comique.

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MessageSujet: Re: Une Dame tombée du ciel [PV Carlyle] Ven 2 Déc - 20:46
Carlyle Vangelis
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Agharta - Cinq jours avant le départ pour Algalar.


Le départ était pour bientôt. Accoudé sur son trône, alors que l'aube pointait à peine son aura rougeoyante au lointain, Carlyle ruminait de sombres pensées et de vieux souvenirs comme à son accoutumée tandis que ses conseillers lui parlaient des différents protocoles. Les visites du peuple étaient fréquentes, beaucoup de curieux voulant se faire une idée de leur nouveau souverain. Bien que légitime, la royauté de la famille Vangelis devait se refaire un nom. Déchue depuis plus de vingt ans avant le retour du fils prodigue, elle avait failli sombrer dans les ténèbres, chose à laquelle Tündal avait particulièrement veillé en imposant un mutisme radical sur la cité. Les livres avaient été brûlés, les pensées assujetties, toute rébellion tuée dans l'œuf. Même en sauvant la cité et la région des lacs, Carlyle savait que sa tâche ne commençait réellement que maintenant.

Bien qu'âgé de seulement vingt trois ans, le rêveur avait l'impression qu'une existence entière lui pesait sur les épaules. Seul et profondément à la recherche d'une quête salutaire visant à supprimer son mal intérieur, il ne voyait dans son ascension qu'un fardeau mortifère aux allures de prison poisseuse et abyssale. Qui allait pouvoir l'aider dans sa tâche ? Que pourrait-il faire sans hommes et femmes de confiance ? L'ancienne dynastie n'était plus, les alliés éparpillés, morts, ou ayant changé d'allégeance. Où étaient l'honneur et l'incandescence ? Où étaient les rois et reines d'autrefois ? Un avenir noir d'encre se dressait devant les iris verts du guerrier, et pas même leur scintillement mystique ne pouvait écarter cette ombre s'engouffrant jusque dans les tréfonds de son âme. La vague engloutissait tout et ne laissait au seigneur que doutes et chimères affolantes. Peut-être n'aurait-il pas dû revenir ? Cette pensée somme toute irraisonnée le tira de sa rêverie et eut pour effet de stabiliser son regard perdu dans le vide sur son auditoire ainsi que de ramener sa pensée sur l'instant présent. Les paroles des vieux hommes allaient sans discontinuer et ressemblaient plus à un cirque de diatribes qu'à des discours de cour royale.

Concentré et déjà perdu parmi ce cercle de vétérans désabusés et emplis de fureurs idéologiques, Carlyle ne put supporter longtemps le bruit sourd qui tonnait dans sa tête. Chaque mot énoncé tel un éclair fulgurant semblait rebondir sur les murs inexorablement et profiter de l'écho grassement favorisé par la grandeur de la salle royale pour percer l'esprit du roi, assis depuis une heure. Rassemblant son calme pour ne pas créer de scandale -quand bien même intérieurement une voix lui disait de détruire de ses mains la table autour de laquelle étaient rassemblés les hurleurs- le guerrier finit par se lever brusquement de son siège alors que tous les conseillers, qui ne s'arrêtaient plus de converser et qui avaient trouvé la surprenante idée de s'insulter l'un l'autre, finirent par se rendre compte de leur bêtise. Sans dire un mot, Carlyle se dirigea vers l'entrée principale du château. Il avait besoin d'air. Un des conseillers, tout éhonté devant tant d'arrogance et d'insolence, se leva promptement et avec difficulté, avant de crier à tue-tête : « Sire ! Nous n'en n'avons pas terminé ! L'on ne devient pas roi en étant impatient, votre mère semble avoir fauté concernant votre éducation, Seigneur feu Haröd votre père vous aurait puni pour votre impertinence : le conseil doit être respecté !!! »

Arrivé devant la cour royale, le roi en mal d'air mit du temps avant d'entendre les paroles de l'ombrageux conseiller. L'évocation du nom de son père et de sa mère le fit frémir. Nombreux avaient été les malheureux qui avaient osé parler du passé de Carlyle et de sa famille, mais aucun ne s'en était sorti indemne en mentionnant ceux-ci avec autant d'irrespect. D'un geste monotone accompagné d'un râle glacial, il ferma les portes de la salle royale. Le claquement soudain fit tressaillir les gardes et les serviteurs et offrit à l'ambiance supposée silencieuse un écho profond et assourdissant. Il marcha d'un pas régulier, confiant et lent, vers les conseillers tout en regardant les gardes et en leur intimant de s'en aller. Ses yeux scintillants tels deux émeraudes semblaient flotter dans l'obscurité partielle de l'immense salle voûtée. Alors que le guerrier se rapprochait progressivement avec une vitesse sensée traduire l'apaisement, le conseiller encore debout balbutia quelques mots incompréhensibles. La progression de la marche du roi lui sembla une éternité. Arrivé à quelques mètres de lui, Carlyle ralentit tout en fixant de ses iris reptiliens les yeux déconfis de l'homme de lettres. Celui-ci recula de quelques pas avant de percuter sa chaise. Il s'assit sans le vouloir en une position inconfortable et regarda en levant la tête son suzerain avec la lèvre inférieure tremblante. Les autres conseillers manifestèrent leur envie de partir. Alors que l'un deux se levait, Carlyle se tourna vers lui et ouvrit la bouche : « Restez je vous prie. »

L'assistance retint son souffle tandis que le jeune roi s'abaissa au niveau du conseiller malmené mentalement. Il le prit lentement par le col de sa robe de fourrure bleue et le rapprocha de son visage tout en inspirant et expirant bruyamment.

« Je m'efforcerai de prétendre n'avoir rien entendu de votre bouche Conseiller Darnö. Mais je vais vous promettre une chose... Si à l'avenir vous vous permettez de ne prononcer ne serait-ce qu'une seule fois le nom de mon père ou de ma mère avec autant de détachement et d'irrespect envers leurs personnes, tout en manifestant aussi peu de considération pour ma condition et mon deuil, croyez-moi, je vous punirai d'une manière qui vous fera regretter l'ère de Tündal, faisant passer son règne pour une lumineuse et prospère période de paix. »

Relâchant le col du conseiller, Carlyle apaisa le rictus de colère qui lui masquait le visage, puis se releva lentement en regardant les autres hommes. La séance était terminée. Arrivé dehors après avoir rouvert les portes, il contempla le jardin royal et se laissa bercer par le chant des oiseaux et la chaleur de l'astre matinal enfin épanoui à l'horizon. La journée s'annonçait radieuse. Dévalant les escaliers avec entrain, il mit ses fourrures royales et entreprit de sortir marcher dans le jardin somptueux dont les feuilles aux couleurs chaudes commençaient à recouvrir le sol. Apaisé par cette petite mise au point, il esquissa un sourire teinté d'ironie et laissa échapper un rire furtif étouffé par la bise matinale. Laisser un tant soit peu sa furie guerrière s'épancher sur ses propres gens lui semblait cocasse mais indubitablement thérapeutique, à défaut de ne pouvoir combattre comme il en raffolait. Sa mélancolie s'en était retrouvée ramollie. Lücian feint de se réveiller et interpella son hôte sur un événement à venir.

*Une lettre à l'essence céleste tombe en ce moment telle une vive étoile sur la cité...*

« Toujours à parler par énigme à ce que je constate ma chère. »

Mais cette devinette sibylline de la déesse ne fut pas longtemps laissée sans réponse. Un grand mouvement de foule semblait converger vers la place du château. De nombreux gardes armés de hallebardes et d'arcs coururent vers la porte principale. Des cris, des rires et des applaudissements se mêlaient pour ne former qu'une masse sonique effarante. Carlyle courut vers l'endroit où s'était amassée une bonne moitié de la population. Au milieu du trouble, il vit une jeune femme confuse, chevauchant un majestueux hippogriffe natif du royaume de Damaö, dans la région de Psylée. Sentant un pouvoir émaner de la fougueuse voyageuse des nuages, il se rapprocha de la foule, écarta respectueusement les riverains qui finirent par s'écarter d'eux-mêmes en le voyant, et ordonna aux gardes de laisser l'importunée. Après quelques secondes de flottement, la foule se dissipa et la place reprit son activité. Le roi sourit à la femme tout en regardant attentivement l'hippogriffe à l'œil perçant.

« Habituellement les visiteurs arrivent dans notre belle cité par le lac, cela a dû surprendre beaucoup de personnes. Votre animal est fier, cela se voit à son allure, j'aime ça ! Je n'avais pas vu d'hippogriffe depuis la fois où j'en ai soumis un par l'allégeance de Lufénia, cela me donne des envies de métamorphoses tiens ! Vous semblez nouvelle ici. J'ignore la raison de votre venue mais permettez-moi de vous aider. Je me nomme Carlyle Vangelis, roi d'Agharta ; du moins j'essaye ! »

Tout en marchant tranquillement vers la monture ailée, il tendit la main afin de caresser ses plumes chaudes sans tenir compte du caractère de l'animal.

« À qui ai-je l'honneur ? »

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MessageSujet: Re: Une Dame tombée du ciel [PV Carlyle] Mar 6 Déc - 2:25
Nessa Daëron
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Völonis ne paradait plus devant les quelques badauds assemblés. Le cercle autour de lui rétrécissait de minute en minute. Ceux qui arrivaient derrière poussaient ceux qui se tenaient devant. L’on montrait du doigt, l’on invectivait et des mains se tendaient déjà pour effleurer les plumes de l’animal qui sautait de ci de là en poussant des cris stridents pour intimider les insolents qui osaient flatter sa croupe ou son jabot.

Nessa, habituée à monter à cheval depuis sa plus tendre enfance, utilisait son assiette pour rester en selle. Elle gérait les mouvements de son hippogriffe en utilisant la pression de ses mollets contre ses flancs, l’obligeant à garder les pattes au sol afin de ne pas ruer sur le pavé glissant. Elle ne souhaitait pas choir lamentablement ou que l’hippogriffe ne blesse quelqu’un dans un mouvement de défense. De ses bras elle tentait de pousser ceux qui voulaient s’approcher trop près. Elle s’interdisait d’utiliser la magie mais si les choses dégénéraient, elle serait peut-être contrainte de déclencher une bourrasque. Pour le moment elle s’ingéniait à endiguer la progression du public.

« Place ! Place ! Reculez ! »
criait-elle sans succès probant.

* S’ils ne obéissent pas, je peux leur faire une petite surprise. *

Le ton du galadrim n’était plus à la plaisanterie, mais à la menace. Il détestait le milieu urbain, préférant les vastes plaines herbacées de Damaö ondulantes sous la brise. Il aimait fouler la terre et les cailloux grossiers, pas ces pavés égaux dégrossis au burin. Selon son opinion, les silmérians des villes aiment s’entasser dans des maisons trop hautes derrière des murailles qui leur cachent le soleil. Ces vaines créatures s’agitent pour gagner des pièces de métal qu’ils nomment « argent » en perdant de vue l’essentiel : la nature et le cycle immuable de la vie. Ils le prouvaient en s’agitant autour de l’hippogriffe, lui coupant toute retraite. L’animal se sentait piégé et commençait à paniquer.

* Es-tu fou ? Il y a des femmes et des enfants ! *

Nessa imaginait à juste titre une pluie de pierres ou un séisme assez violent pour abîmer sérieusement quelques bâtiments. L’événement magique et le mouvement de panique qui s’en suivrait se transformerait en tragédie dont elle porterait à jamais la responsabilité. C’était un aller simple pour la potence et des complications diplomatiques à n’en plus finir entre Barsüm et Agharta.

* Quelle que soit la menace, je protège la Dame de Daëron. * répondit Sälsha d’un ton buté, rappelant à la jeune femme les termes du contrat le liant à sa famille.

* Si tu veux m’aider, ne fais rien. * Ordonna Nessa d’un ton ferme, mettant fin à la conversation juste à temps pour donner un coup de pied dans le bras d’un adolescent tentant de tirer une plume à la base de l’encolure de Völonis. Sälsha lui répondit par un silence lourd de ressentiment. L’hippogriffe écarta soudain ses ailes et glatit fortement pour se donner de l’espace ; la jeune femme appuya de tout son poids dans sa selle pour empêcher l’animal effrayé de décoller et par là même d’être abattu en plein vol par une salve de flèches. Contraint de demeurer au sol, l’hippogriffe se dandinait sur lui-même en claquant du bec.

* Quelqu’un vient. * constata avec étonnement le galadrim oublieux de sa bouderie qui, tout comme son hôte, ressentaient la présence troublante d’un dieu à proximité.

Un segment du cercle s’écarta enfin pour laisser passer respectueusement un jeune homme bien bâti qui semblait avoir toute autorité. Il ne possédait pas le tabard de la garde, mais celle-ci semblait lui obéir. De riches fourrures, un pouvoir autant surnaturel que matériel… Un aristocrate, supposa Nessa. La Dame espérait pouvoir régler le problème de cet atterrissage manqué avec tact et diplomatie ; la chance lui souriait, elle avait trouvé l’interlocuteur parfait. Entre pairs il est toujours plus aisé de trouver un arrangement, n’est-ce pas ? Sous l’autorité du nouvel arrivant la foule se dispersa peu à peu et les citadins retrouvèrent leur routine habituelle. La jeune femme fut impressionnée, elle avait encore bien du mal à diriger ses vassaux et la valetaille. Cet homme n’était donc pas n’importe qui : un comte ? Un ministre ? Quoiqu’il en soit il savait se faire obéir tout en restant affable. Il lui sourit aimablement, elle en fit de même, persuadée de lui renvoyer une sorte de grimace crispée qui ne flattait pas sa beauté.

Puis le noble inconnu parla… Des hippogriffes, de son allégeance à Lufénia -ce qui leur faisait un troisième point commun - puis il révéla enfin son identité. Elle se raidit sous l’effet de la surprise puis jura intérieurement. Sälsha eut le tact de ne pas répondre, muré dans son silence. Si elle était à la place du galadrim, elle s’étranglerait de rire. En tout cas il avait bien raison sur un point : ce n’était décidément pas son jour.

En silence dans un mouvement d’une fluidité peu commune la jeune femme sauta de selle pour adopter une position respectueuse et soumise. Völonis se désintéressa de la présence du roi qui approchait, prêt à le toucher et pencha la tête comme un moineau curieux pour observer le comportement inhabituel de sa maîtresse qui restait figée un genou à terre.

« Votre Majesté, je suis Dame Nessa Daëron. Mon fief se situe au cœur du royaume de Damaö. Comme vous l’avez souligné mon compagnon est fier, tant qu’il désobéit à mes instructions pour faire des cabrioles. » La chasseresse leva les yeux vers Völonis qui se pencha pour lui gratter affectueusement le haut de la tête en stridulant. Elle repoussa doucement le bec du plat de la main et poursuivit.«  Il m’arrive de venir ici pour affaires puisque nous élevons des chevaux. J’ai l’habitude de me poser à l’extérieur de la cité mais il semblerait que mon compagnon n’ait pas apprécié sa dernière traversée en bateau. Il a donc atterri sous vos fenêtres. Je ne souhaitais pas causer un incident et encore moins me donner en spectacle, mais Völonis en a décidé autrement.» L’hippogriffe reconnut son nom. Il dressa la tête fièrement et racla le pavé du sabot. Si sa maîtresse parlait de lui, c’était forcément en bien. N’avait-il pas fait fuir tous ces deux pattes qui entouraient Nessa de façon menaçante ?


   
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MessageSujet: Re: Une Dame tombée du ciel [PV Carlyle] Dim 11 Déc - 13:47
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La jeune femme semblait quelque peu gênée de cet atterrissage grandiose et spectaculaire dans les rues d'Agharta, ce qui ne manquait pas de satisfaire son compagnon à plumes. Fier et arrogant, l'hippogriffe faisait comprendre chaque seconde qu'il était une de ces créatures libres et indépendantes. Carlyle rit intérieurement de cette relation entre la bête et sa maîtresse, mais il ne put éluder la question du galadrim de son esprit. La chasseuse possédait bien un dieu en elle, c'était évident. Lui vint alors la question de la cohabitation entre un animal normal et un dieu unique. Cela ne devait pas être facile tous les jours pour cette dame. Cessant de ruminer tout cela, le roi sourit à la jeune femme en apprenant son nom, tout en écarquillant légèrement les yeux, après lui avoir assuré qu’il n’y avait aucun mal dans son atterrissage inopiné.

« Oh ! Vous êtes Dame Daëron, j'ai ouï dire que votre grand-père Ürsus Daëron était un homme respectable et juste que mon père a connu. Veuillez pardonner cette familiarité mais le fait d'avoir appris en quelques mois tous les noms des seigneurs de Cranä m'a fait quelque peu perdre le sens des réalités. Égaré au milieu de cet océan d'inconnus cela a été pour moi un réel soulagement d'apprendre le nom d'un seigneur lié à ma famille. »

Récemment en fonction, Carlyle tentait de rassurer et de servir au mieux ses hôtes, même si cela manquait parfois de protocole. Cette façon de faire lui convenait fort bien, et rien au monde à ce moment-là ne l’aurait contraint à retourner converser avec ces conseillers aigris surgis d’un passé lointain et perdu. La perspective d’une rencontre aussi incroyable le remplissait de curiosité. Il était encore d’une extrême difficulté pour lui de s’habituer aux révérences, ce que ne manqua pas d’effectuer la Dame. Gêné, Carlyle laissa échapper une grimace. Il ne savait que faire face à cette nouvelle situation. Il était conscient de l’allégeance des domaines d’Hydräl envers sa dynastie, mais voir une Dame d’un royaume voisin le respecter avec autant de protocole ne lui plaisait guère : il n’était pas son roi, juste un homme. Toutefois, la venue de la dame lui apporta quelques interrogations majeures, qu’il ne manqua pas de partager tout en se rapprochant de celle-ci et de son compagnon à sabots.

« Nous serions mieux pour converser en allant au château. Suivez-moi je vous prie Dame Daëron. »

Tout en marchant lentement vers la grande porte du château débouchant sur les jardins, Carlyle fixa discrètement la Dame et son animal. Partir depuis Damaö en chevauchant un hippogriffe jusqu’ici avait dû être épuisant, et pourtant, une énergie exceptionnelle jaillissait de l’hôte présumée. Cette chaleur parcourait Carlyle et progressivement le persuadait de l’essence divine dont était pourvue Nessa.

« Il m’est fort plaisant de vous accueillir à Agharta dans de telles circonstances, mais votre venue soulève quelques questions qu’il m’incombe de vous soumettre. Au vu de votre débarquement précipité, mon instinct me souffle que vous ne venez pas pour visiter la cité ou faire quelques emplettes. Je vais partir dans quelques jours pour faire une tournée diplomatique de la contrée afin de renouer des alliances brisées, et le royaume de Damaö est également une de mes destinations. Votre fief se trouve à Psylée si je ne me trompe… pourquoi venir à Agharta alors que vous pourriez solliciter l’aide de Barsüm ? »

Le vent soufflait nonchalamment dans le jardin royal alors que les deux silmérians de haute naissance se regardaient. Le fougueux hippogriffe semblait aimer l’endroit, même s’il était pour Carlyle difficile de cerner précisément la bête, quand bien même ce dernier était un fervent de Lufénia. Dressé aux côtés de sa maîtresse, il humait l’air frais et tentait d’attraper les feuilles mortes tombant des arbres dépérissant depuis bientôt une saison. Le guerrier imagina alors l’amusement que l’animal aurait pu avoir s’il était tombé du ciel avec Nessa un beau jour de Bellefleur, là où les papillons virevoltent autour de la végétation et laissent leurs ailes scintillantes et colorées décorer le paysage renaissant après un hiver tenace. Attendant la réponse de Nessa, il laissa son esprit se recroqueviller pour parler avec sa déesse de lumière.

*Il me hâte de partir afin de découvrir le monde dans lequel je vis, non plus en tant que mercenaire mais en tant que roi. La rencontrer aujourd’hui me fait tomber des nues… C’est comme si enfin je rencontrais quelqu’un de ma condition et qui peut me comprendre. Si je peux l’aider je le ferai.*

*Écoute consciencieusement ses paroles, tu as l’occasion de nouer des liens avec une semblable, c’est un cadeau rare pour vous autres les hôtes. En ces temps de troubles, il est plus que nécessaire que vous vous rassembliez, car vous êtes l’avenir de Cranä, que vous le vouliez ou non…*

S'asseyant sur un banc en pierre blanche parcouru de feuilles séchées, Carlyle invita Nessa à l'imiter tout en lui tendant du vin amené par un serviteur dans un grand verre de cristal. Surpris par ce geste, il était ironique de voir à quel point le roi était piégé face à tant de richesses héritées. Il ne pouvait proposer à la Dame une atmosphère rustique sûrement moins malaisante pour elle comme pour lui. Il espérait au moins quelque part en son esprit que le cadre automnal convenait à la chasseuse et la mettait à son aise.

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